L'insécurité routière face aux limites de la seule réponse technique au Cameroun
Domains: Sécurité sociétale et personnelle
Regions: Afrique centrale
Nations: Cameroun

Au Cameroun, les accidents de la route continuent de faire des victimes, alors même que les campagnes de sensibilisation se multiplient, que les contrôles sont renforcés et que de nouvelles technologies sont mobilisées pour prévenir les risques. Selon les données présentées par le Ministère des Transports, 70 % des accidents seraient liés au comportement des usagers, l'état des véhicules représentant 20 % des causes et les infrastructures routières comptant pour 10 % restants. Autrement dit, sept accidents sur dix seraient ainsi principalement liés au facteur humain, qu'il s'agisse d'excès de vitesse, de mauvais dépassement, de conduite sous l'emprise de l'alcool ou de stupéfiants, de surcharge ou encore de non-respect du code de la route.

Cette prédominance du facteur humain permet de mieux comprendre pourquoi les mesures techniques, aussi nécessaires soient-elles, ne suffisent pas à elles seules à enrayer le phénomène. En effet, l'insécurité routière a des conséquences considérables pour le pays, puisque chaque année, 165 personnes perdent la vie sur les routes camerounaises, tandis que les accidents coûtent près de 800 milliards de francs CFA à l'économie nationale. C'est précisément pour mieux coordonner les actions et renforcer la prévention que le Cameroun a organisé, en avril 2026, son premier Forum National sur la Sécurité Routière.

Lors de ce forum, l'ambition affichée par le Ministre des Transports a été de réduire de 50 % le nombre d'accidents et de morts sur les routes, conformément aux objectifs de la Décennie d'action des Nations Unies pour la sécurité routière 2021-2030. Un tel objectif suppose cependant d'agir sur l'ensemble des causes identifiées, et non uniquement sur les dimensions les plus visibles ou les plus faciles à corriger techniquement, ce qui replace la question du comportement des usagers, responsable de sept accidents sur dix, au centre de toute stratégie efficace de réduction des accidents.

En 2026, les autorités mettent par ailleurs l'accent sur un autre facteur de risque, celui du stationnement dangereux ou abusif des véhicules. Depuis le 1er juin 2026, 35 accidents liés à ce phénomène ont ainsi été recensés sur les axes Yaoundé-Douala, Yaoundé-Bafoussam et Yaoundé-Bertoua, tandis que 61 véhicules considérés comme des dangers potentiels ont également été identifiés. Ce nouvel axe de vigilance illustre la volonté des autorités d'élargir progressivement le champ des comportements à risque pris en compte, au-delà des seules infractions classiques telles que l'excès de vitesse ou la conduite en état d'ivresse.

Pour lutter contre ces différents risques, le Ministère des Transports mise à la fois sur le contrôle et sur la technologie. En 2025, 11 410 opérations de contrôle ont ainsi été menées sur l'ensemble du territoire, conduisant notamment à la sanction de 22 compagnies de transport et à la suspension de 1 336 permis de conduire. Le ministère utilise également des solutions fondées sur l'intelligence artificielle afin de mieux détecter les facteurs de risque et de renforcer la prévention en amont des accidents.

Cependant, l'ampleur des opérations de contrôle menées en 2025, plus de onze mille au total, et le nombre de permis suspendus, plus de mille trois cents, montrent que l'appareil répressif est déjà largement mobilisé sans que cela ne suffise, à lui seul, à faire reculer durablement le nombre d'accidents. Cette persistance du phénomène, malgré l'intensité des contrôles et le recours croissant à des outils technologiques de détection, confirme que la technologie et la répression ne peuvent, à elles seules, transformer un comportement individuel profondément ancré chez une majorité d'usagers de la route.

Cette limite renvoie directement à la répartition des causes présentée par le Ministère des Transports, où le facteur humain domine très largement les facteurs matériels ou infrastructurels.

Ce constat invite par ailleurs à reconsidérer l'articulation entre les différents leviers déjà mobilisés par les autorités. En effet, le forum national tenu en avril 2026, les campagnes de contrôle menées tout au long de 2025 et le recours croissant à des outils fondés sur l'intelligence artificielle relèvent tous, à des degrés divers, d'une même logique institutionnelle descendante, où l'État agit sur les usagers de la route par la sanction, la détection ou la sensibilisation ponctuelle. Or, la persistance du phénomène malgré cette mobilisation suggère que cette logique descendante, bien qu'indispensable, ne suffit pas à elle seule à transformer durablement des comportements individuels ancrés dans les habitudes quotidiennes de conduite d'une large partie des usagers camerounais.

L'identification récente du stationnement dangereux ou abusif comme facteur de risque supplémentaire, avec 35 accidents recensés depuis le 1er juin 2026 sur trois axes routiers majeurs, illustre à cet égard une difficulté plus large, celle de l'apparition continue de nouveaux comportements à risque à mesure que les autorités renforcent leur vigilance sur les infractions déjà connues. Cette dynamique pourrait ainsi se poursuivre indéfiniment si l'action publique se limite à identifier et sanctionner successivement chaque nouvelle catégorie de comportement dangereux, sans s'attaquer plus largement aux déterminants culturels et éducatifs qui sous-tendent l'ensemble de ces pratiques à risque sur les routes camerounaises.

Dès lors, la question posée n'est plus seulement de savoir comment renforcer les contrôles ou perfectionner les outils de détection, mais bien de déterminer quels leviers permettraient d'agir plus durablement sur les comportements individuels des conducteurs camerounais, qu'il s'agisse d'un renforcement de l'éducation routière dès le plus jeune âge, d'une plus grande continuité des campagnes de sensibilisation au-delà d'opérations ponctuelles, ou encore d'une application plus systématique et plus prévisible des sanctions déjà prévues par la réglementation existante, condition sans laquelle l'objectif de réduction de 50 % des accidents et des morts sur les routes, fixé lors du forum d'avril 2026, risquerait de rester difficilement atteignable d'ici l'échéance de la Décennie d'action des Nations Unies en 2030.

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