La place inattendue de l'AVC dans la mortalité féminine au Cameroun
Domains: Sécurité sanitaire
Regions: Afrique centrale
Nations: Cameroun

Au Cameroun, les maladies cérébrovasculaires, dont l'accident vasculaire cérébral, arrivent en tête des causes initiales de décès enregistrées chez les femmes en 2025, avec 9 % des cas recensés. Elles devancent ainsi les affections périnatales, qui représentent 7 % des cas, le diabète avec 4,7 %, les troubles endocriniens avec 4,3 %, le paludisme avec 4,1 %, ainsi que le VIH avec 3,8 %. Ce classement surprend à première vue, dans la mesure où la santé féminine est habituellement associée en priorité aux complications liées à la grossesse, au cancer ou encore aux maladies infectieuses, plutôt qu'aux pathologies cérébrovasculaires.

Ces chiffres révèlent ainsi la place importante qu'occupent désormais les maladies non transmissibles dans la mortalité féminine camerounaise, l'hypertension artérielle apparaissant comme un facteur de risque majeur de l'accident vasculaire cérébral. Dans une étude menée au Cameroun sur 254 patients victimes d'AVC, dont 119 femmes, près de 70 % des femmes concernées souffraient d'hypertension et 21 % étaient diabétiques. Ces données, bien qu'elles ne représentent pas l'ensemble des femmes camerounaises victimes d'AVC, permettent néanmoins de mesurer le poids de certains facteurs de risque parmi les patientes effectivement suivies dans le cadre de cette étude.

Au-delà de la seule mortalité féminine, l'accident vasculaire cérébral apparaît comme un problème plus large de santé publique au Cameroun. Selon les données communiquées par le Ministère de la Santé Publique en 2025, le pays enregistrait en effet 85 cas d'AVC pour 100 000 consultations, tandis que la mortalité hospitalière liée à cette pathologie était estimée à 60 décès pour 1 000 cas pris en charge. Dans l'étude portant sur les 254 patients suivis, 113 décès ont d'ailleurs été enregistrés au cours d'une seule année de suivi, ce qui traduit un taux de létalité particulièrement élevé au sein de cette cohorte.

Il convient toutefois de nuancer la portée de ces chiffres par une limite méthodologique importante. En effet, les 9 % attribués aux maladies cérébrovasculaires correspondent aux décès effectivement enregistrés et classifiés en 2025, et non à l'ensemble des décès réellement survenus dans le pays. Or, le rapport national indique que seuls 8,3 % des décès seraient enregistrés à l'état civil, ce qui signifie que la très grande majorité des décès camerounais échappe au système d'enregistrement officiel et, par conséquent, à toute classification précise de leur cause.

Cette limite invite ainsi à interpréter le classement des maladies cérébrovasculaires en tête des causes de décès féminines avec une certaine prudence, dans la mesure où il repose sur un échantillon de décès enregistrés qui pourrait ne pas être représentatif de l'ensemble de la mortalité féminine nationale. Autrement dit, la proportion réelle de décès liés à l'AVC parmi l'ensemble des femmes camerounaises décédées en 2025 demeure incertaine, faute d'un système d'enregistrement suffisamment exhaustif pour capter la totalité des cas survenus, y compris ceux intervenus en dehors du système hospitalier.

Cette réserve méthodologique ne remet cependant pas en cause l'intérêt des facteurs de risque identifiés à travers les données disponibles. L'hypertension n'est certes pas le seul facteur de risque de l'accident vasculaire cérébral, puisque le diabète, le surpoids et l'obésité, l'inactivité physique, le tabagisme, une alimentation trop riche en sel ou encore l'usage nocif de l'alcool peuvent également favoriser sa survenue. Néanmoins, au regard des chiffres camerounais disponibles, notamment la prévalence de 70 % d'hypertension relevée parmi les femmes de l'étude menée sur 254 patients, cette pathologie apparaît comme un élément particulièrement important à surveiller en priorité dans la prévention de l'AVC chez les femmes.

Ainsi, la combinaison de ces différents éléments, la place occupée par les maladies cérébrovasculaires parmi les causes de décès enregistrées, le poids de l'hypertension parmi les facteurs de risque observés, ainsi que les limites du système national d'enregistrement des décès, dessine une problématique à la fois sanitaire et statistique.

Sur le plan sanitaire, la fréquence élevée de l'hypertension observée parmi les patientes de l'étude suggère qu'un dépistage plus systématique de cette pathologie, en particulier chez les femmes, pourrait constituer un levier de prévention prioritaire, dans la mesure où l'hypertension constitue un facteur de risque à la fois fréquent dans les données disponibles et généralement accessible à une prise en charge médicale préventive, contrairement à d'autres déterminants plus difficiles à modifier à court terme.

Sur le plan statistique, la faible proportion de décès enregistrés à l'état civil, estimée à seulement 8,3 % au niveau national, constitue un obstacle de fond à toute évaluation précise de la mortalité liée à l'AVC, et plus largement de l'ensemble des causes de décès au Cameroun. Tant que cette lacune persistera, les données disponibles, aussi utiles soient-elles pour orienter l'action publique, continueront de reposer sur un échantillon partiel de la réalité sanitaire nationale, ce qui limite la capacité des autorités à mesurer précisément l'ampleur du phénomène et l'efficacité des mesures de prévention mises en œuvre.

Améliorer la connaissance réelle de la mortalité féminine liée à l'AVC suppose ainsi une action conjointe sur ces deux fronts. D'une part, renforcer la prévention de l'hypertension et des autres facteurs de risque identifiés, notamment le diabète, le surpoids, l'inactivité physique, le tabagisme ou une alimentation trop riche en sel. D'autre part, consolider le système d'enregistrement des décès à l'état civil, condition nécessaire pour que les données disponibles reflètent plus fidèlement la réalité sanitaire du pays et permettent, à terme, un pilotage plus précis des politiques de santé publique destinées à réduire la mortalité féminine liée à l'accident vasculaire cérébral.

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