Le resserrement du contrôle ministériel sur les diplômes délivrés par les établissements privés au Cameroun
Domains: Sécurité sociétale et personnelle
Regions: Afrique centrale
Nations: Cameroun

Désormais, l'accès à la licence professionnelle dans les établissements privés d'enseignement supérieur est réservé aux titulaires d'un niveau bac plus deux. Il convient toutefois d'être clair sur la nature de cette mesure, dans la mesure où il ne s'agit pas d'une nouvelle loi, mais bien d'un rappel à l'ordre. Le texte qui encadre la licence professionnelle existe en effet depuis un arrêté de 2006, et la norme du système Licence-Master-Doctorat prévoit qu'une licence s'obtient en six semestres, soit trois années d'études, ce qui constitue le cadre réglementaire de référence auquel ce rappel renvoie directement.

Or, certains établissements privés continuent de recruter des candidats juste après le baccalauréat pour les former en une seule année seulement, avant de leur délivrer un diplôme de licence. Ce raccourci constitue une pratique illégale au regard du cadre réglementaire existant, puisqu'un candidat déjà titulaire d'un niveau bac plus deux doit encore ajouter deux semestres de formation supplémentaires à son diplôme initial pour espérer décrocher une licence professionnelle. Autrement dit, ces établissements vendent en réalité trois années d'études en une seule année, ce qui prive les étudiants concernés d'une partie substantielle de la formation théoriquement requise par la norme LMD.

Ce durcissement n'intervient par ailleurs pas de manière isolée. En avril 2026, le Ministre Jacques Fame Ndongo avait déjà fermé la porte aux formations doctorales dans le secteur privé, annonçant qu'aucun institut privé d'enseignement supérieur n'était autorisé à délivrer un doctorat, sous peine de non-reconnaissance du diplôme concerné par l'État. Cette précédente décision, appliquée au niveau le plus élevé du système LMD, s'inscrit ainsi dans la même logique que le rappel désormais formulé au niveau de la licence professionnelle, ce qui suggère une action progressive plutôt qu'une mesure isolée.

En effet, le rapprochement entre ces deux décisions, l'une portant sur le doctorat et l'autre sur la licence professionnelle, dessine une trajectoire cohérente de resserrement du contrôle ministériel sur les établissements privés, secteur après secteur, plutôt qu'une succession de mesures ponctuelles et indépendantes. Cette progression par étapes laisse ainsi entrevoir la possibilité que d'autres niveaux de formation, tels que le master ou d'autres filières spécifiques, fassent à leur tour l'objet d'un contrôle renforcé dans les mois ou années à venir, si la même logique de vérification de la conformité aux normes du système LMD venait à se poursuivre.

Le calendrier de cette annonce mérite également d'être souligné, puisqu'elle intervient à quelques semaines de la rentrée universitaire. Ce choix temporel n'est pas neutre, dans la mesure où il contraint les établissements concernés à ajuster rapidement leurs pratiques de recrutement avant le début de la nouvelle année académique, tout en informant les candidats potentiels des conditions réelles d'accès à la licence professionnelle avant qu'ils ne s'engagent dans une formation ne respectant pas la durée réglementaire prévue par le système LMD.

Cette situation soulève enfin une question plus large concernant la confiance accordée aux diplômes délivrés par les instituts privés d'enseignement supérieur au Cameroun. En effet, la persistance de pratiques consistant à raccourcir illégalement la durée d'une formation censée s'étendre sur trois années complètes interroge directement la valeur réelle de certains diplômes déjà délivrés par le passé, ainsi que la capacité du dispositif de contrôle ministériel à identifier et sanctionner de telles pratiques avant qu'elles ne produisent des cohortes entières de diplômés dont la formation ne correspond pas aux exigences normalement requises par le cadre réglementaire national.

Cette interrogation sur la confiance accordée aux diplômes privés se pose avec d'autant plus d'acuité que les étudiants concernés par ces formations raccourcies ne disposent généralement pas des moyens de vérifier par eux-mêmes la conformité de leur cursus aux exigences du système LMD. Contrairement à un établissement, qui connaît précisément le cadre réglementaire applicable à ses filières, un candidat sortant du baccalauréat se trouve rarement en mesure d'apprécier si la durée de formation qui lui est proposée correspond effectivement à celle exigée pour l'obtention d'une licence professionnelle reconnue, ce qui place la charge de la vérification presque entièrement du côté de l'administration plutôt que de celui de l'usager.

Dès lors, l'efficacité de ce rappel à l'ordre dépendra moins de sa seule formulation que des mécanismes concrets de vérification et de sanction que le ministère sera en mesure de déployer auprès des établissements identifiés comme récalcitrants. Un simple rappel réglementaire, aussi clair soit-il, ne suffira en effet à modifier durablement les pratiques de recrutement de certains instituts privés que s'il s'accompagne de contrôles réguliers sur le terrain et de conséquences tangibles pour les établissements qui continueraient de proposer des formations non conformes à la durée réglementaire, qu'il s'agisse d'une non-reconnaissance des diplômes concernés ou de sanctions administratives plus directes.

Ainsi, ce rappel à l'ordre concernant la licence professionnelle, combiné à la fermeture déjà actée du secteur privé aux formations doctorales en avril 2026, illustre une volonté ministérielle de réaffirmer progressivement l'autorité de l'État sur la délivrance des diplômes d'enseignement supérieur, dans un contexte où la crédibilité de certains établissements privés semble directement mise à l'épreuve par la révélation de pratiques de raccourcissement non conformes aux normes en vigueur. La question de la confiance à accorder aux diplômes délivrés par les instituts privés camerounais dépendra, en définitive, de la capacité du ministère à transformer ce resserrement progressif en un contrôle systématique et durable, plutôt qu'en une succession d'annonces ponctuelles sans suivi opérationnel.

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