Le 7 août dernier, le Ministère de la Santé publique a officiellement réceptionné 955 smartphones destinés au déploiement du projet SCANFORM. L'objectif de ce projet est de remplacer progressivement les formulaires papier par des outils numériques dans les hôpitaux et centres de santé du pays, ce qui doit permettre une collecte de données plus rapide et plus fiable, avec en particulier moins de risques d'erreur lors de leur remontée et de leur traitement.
Ce déploiement est loin d'être symbolique, puisqu'il couvre l'ensemble des dix régions du Cameroun, 175 districts de santé et 395 formations sanitaires. Afin que cette transition numérique se traduise concrètement sur le terrain et non seulement dans les documents de planification, plus de 1 500 professionnels de santé seront par ailleurs formés à l'utilisation de ces nouveaux outils, ce qui témoigne d'un effort de mise en œuvre proportionné à l'ampleur du dispositif annoncé.
Cependant, l'ambition du projet dépasse la simple digitalisation des procédures administratives. À terme, en effet, les données collectées par ces terminaux pourront alimenter des outils d'aide à la décision, des analyses prédictives et même des applications intégrant l'intelligence artificielle, ce qui inscrit SCANFORM dans une perspective de transformation plus profonde du système d'information sanitaire national, au-delà de la seule dématérialisation des formulaires.
Un autre point clé de ce dispositif concerne la sécurité des données collectées. Les smartphones sont en effet intégrés à une plateforme nationale de gestion des terminaux mobiles, censée garantir la confidentialité et la traçabilité des informations de santé. Dans un contexte où la donnée devient une ressource stratégique à l'échelle mondiale, cette dimension constitue également un enjeu de souveraineté numérique pour le Cameroun, dans la mesure où la maîtrise nationale du traitement de ces données conditionne directement la capacité du pays à en tirer pleinement les bénéfices, sans dépendance excessive vis-à-vis d'acteurs extérieurs.
Ce projet, initialement conçu dans le cadre spécifique de la lutte contre le VIH, s'inscrit désormais dans une dynamique institutionnelle plus large, celle du Plan stratégique national de santé numérique 2026-2030, dont l'ambition affichée est de soutenir la couverture santé universelle. Ce changement d'échelle traduit ainsi une évolution du projet, initialement pensé pour répondre à un besoin sectoriel précis, vers un outil structurant destiné à appuyer l'ensemble du système de santé camerounais.
Toutefois, la réussite de cette ambition dépend directement d'une condition technique essentielle, à savoir la connectivité. L'ensemble du système repose en effet sur un accès stable à internet, indispensable au bon fonctionnement des smartphones déployés et à la remontée effective des données collectées. Or, dans certaines zones reculées comme l'Extrême-Nord ou l'Est, cette condition n'est pas encore pleinement garantie, ce qui introduit une incertitude quant à la capacité du dispositif à fonctionner de manière homogène sur l'ensemble du territoire national.
Cette limite de connectivité mérite d'autant plus d'attention que les zones les plus concernées par des difficultés d'accès à internet sont souvent aussi celles où les besoins en couverture sanitaire sont les plus importants. Ainsi, un déploiement technologique qui fonctionnerait efficacement dans les zones urbaines mieux connectées, mais qui peinerait à s'implanter durablement dans les districts les plus isolés, risquerait de reproduire, sous une forme numérique, les inégalités d'accès aux soins que le projet SCANFORM et le Plan stratégique national de santé numérique cherchent précisément à réduire.
À ce titre, la formation de plus de 1 500 professionnels de santé constitue un préalable nécessaire mais non suffisant à la réussite du projet. En effet, même parfaitement formé, un agent de santé installé dans un district dépourvu de couverture réseau stable ne pourra transmettre ses données dans les mêmes conditions qu'un agent exerçant en zone urbaine, ce qui souligne combien la dimension humaine du dispositif reste étroitement dépendante de l'infrastructure technique disponible localement. Autrement dit, l'investissement dans la formation ne produira pleinement ses effets que si des solutions adaptées sont trouvées pour les zones les moins bien connectées, qu'il s'agisse de synchronisation différée des données ou de renforcement ciblé de la couverture réseau.
Par ailleurs, l'inscription de SCANFORM dans le Plan stratégique national de santé numérique 2026-2030 place ce projet dans une trajectoire de moyen terme, ce qui laisse un temps d'ajustement pour résoudre progressivement les difficultés de connectivité identifiées dès la phase de déploiement initial. Cette temporalité étendue constitue à la fois une opportunité, puisqu'elle permet d'envisager un déploiement progressif tenant compte des réalités locales, et un risque, dans la mesure où un décalage trop marqué entre les régions les mieux et les moins bien desservies pourrait s'installer durablement si aucune priorité explicite n'est accordée aux zones les plus enclavées.
Par conséquent, la question de la connectivité déterminera dans les mois à venir si le projet SCANFORM tient sa promesse jusque dans les districts de santé les plus isolés, ou si son bénéfice se concentre davantage dans les zones déjà mieux desservies en infrastructures numériques. Le suivi de cette dimension technique constitue ainsi un indicateur essentiel pour évaluer, au-delà du seul volume de terminaux déployés, la portée réelle de cette réforme sur l'ensemble du territoire camerounais, et sa capacité effective à soutenir l'ambition de couverture santé universelle affichée par le Plan stratégique national de santé numérique.
Your email address will not be published. Required fields are marked *