Le déclin pétrolier entre urgence de réforme et préparation à l'après-rente au Cameroun
Domains: Sécurité économique
Regions: Afrique centrale
Nations: Cameroun

Le Cameroun est en train de perdre son statut de gros producteur de pétrole. Pour un pays qui produisait encore près de 35 millions de barils par an en 2015, la baisse actuelle est considérable, puisque la production a chuté de 44 % en dix ans. Cette érosion se poursuit d'ailleurs d'année en année, la production étant passée de 21,4 millions de barils en 2024 à seulement 19,4 millions en 2025, malgré l'existence de la Société Nationale des Hydrocarbures chargée de la gestion du secteur.

Le pétrole camerounais est exploité dans plusieurs bassins sédimentaires, dont deux situés sur la côte Atlantique. Or, cette baisse continue de production s'explique d'abord par le vieillissement des champs historiques, mais surtout par un manque chronique d'investissement dans l'exploration. Près de la moitié du domaine pétrolier camerounais demeure en effet inexploré à ce jour, ce qui traduit un potentiel de production largement sous-exploité au regard des ressources encore disponibles sous le sol national.

Plusieurs experts attribuent cette situation à l'absence d'un ministère dédié spécifiquement au pétrole, ainsi qu'à un code pétrolier jugé peu attractif pour les investisseurs internationaux. Ce cadre institutionnel et réglementaire moins compétitif explique en grande partie pourquoi, depuis vingt ans, aucune grande compagnie internationale n'opère durablement dans l'amont pétrolier camerounais, contrairement au Gabon ou à la Guinée équatoriale, deux pays voisins qui parviennent à séduire des groupes internationaux tels que Chevron ou Shell.

Cette baisse structurelle de la production intervient par ailleurs dans un contexte particulièrement défavorable, puisque le Cameroun reste très dépendant des importations de carburant depuis l'incendie de la SONARA en 2019. En 2026, le prix du gasoil importé a ainsi bondi de 60,7 % entre février et mai, passant de 490 à 787 francs le litre, ce qui illustre la vulnérabilité du pays face aux fluctuations des marchés internationaux, dans un contexte où sa propre production pétrolière décline simultanément.

Les conséquences de cette double tendance se font directement sentir sur les finances publiques. En effet, les reversements de la Société Nationale des Hydrocarbures à l'État sont tombés à 365 milliards de francs CFA en 2025, contre 515 milliards en 2024, soit un recul de 29 % en une seule année. Cette contraction rapide des recettes pétrolières illustre ainsi la fragilité d'un modèle budgétaire encore largement dépendant d'une ressource dont la production continue de s'éroder année après année.

Face à cette situation, le gouvernement a néanmoins réagi. Un nouveau contrat a été signé en août 2026 avec le britannique Octavia Energy pour explorer le bloc Bolongo, tandis qu'un accord serait également en préparation avec l'américain Murphy Oil. Ces initiatives traduisent une volonté de relancer l'exploration après des années de sous-investissement, la Société Nationale des Hydrocarbures prévoyant d'ailleurs une remontée de la production à 20,8 millions de barils en 2026, puis à 22,1 millions en 2027.

Cette reprise annoncée doit cependant être interprétée avec prudence, dans la mesure où elle reste conditionnée à la concrétisation effective des nouveaux contrats d'exploration récemment signés ou en cours de négociation. Entre la signature d'un accord d'exploration et la production effective de nouveaux barils s'écoulent généralement plusieurs années, ce qui signifie que les objectifs de 20,8 puis 22,1 millions de barils annoncés pour 2026 et 2027 reposent en partie sur des champs déjà connus plutôt que sur les nouvelles explorations engagées avec Octavia Energy ou Murphy Oil, dont les résultats ne seront visibles qu'à plus long terme.

Cette temporalité longue de l'exploration pétrolière contraste par ailleurs avec l'urgence budgétaire révélée par la chute de 29 % des reversements de la Société Nationale des Hydrocarbures entre 2024 et 2025. En d'autres termes, même si les accords signés avec Octavia Energy et Murphy Oil se concrétisent pleinement, leurs effets sur les recettes publiques n'interviendront que plusieurs années après leur signature, ce qui laisse l'État camerounais confronté, dans l'intervalle, à une période prolongée de recettes pétrolières réduites, sans que les nouveaux projets d'exploration ne puissent la compenser à court terme.

Cette situation renforce par conséquent l'importance du second volet identifié par les observateurs du secteur, à savoir la réforme du cadre institutionnel et réglementaire régissant l'amont pétrolier camerounais. Tant que l'absence d'un ministère dédié et un code pétrolier jugé peu attractif continueront de dissuader les grandes compagnies internationales de s'implanter durablement, comme elles le font au Gabon ou en Guinée équatoriale, le Cameroun restera structurellement désavantagé dans la compétition régionale pour attirer les investissements nécessaires à l'exploration de la moitié encore inexplorée de son domaine pétrolier.

Ainsi, le véritable enjeu pour le Cameroun n'est donc plus seulement de produire davantage à court terme, mais bien de réformer durablement le secteur pour attirer des investisseurs internationaux, tout en préparant simultanément l'économie nationale à une baisse durable de cette rente pétrolière. Cette double exigence, réformer le cadre institutionnel tout en anticipant un modèle économique moins dépendant des hydrocarbures, déterminera largement la capacité du pays à limiter l'impact du déclin pétrolier sur ses finances publiques dans les années à venir.

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