La fiscalité du tabac comme instrument de santé publique au Cameroun
Domains: Sécurité sanitaire
Regions: Afrique centrale
Nations: Cameroun

Le gouvernement camerounais envisage une augmentation progressive des taxes sur le tabac, une mesure qui poursuit un double objectif : décourager la consommation et générer davantage de ressources pour financer la santé publique. Selon les données du Ministère de la Santé publique, près de 1,3 million de personnes consomment aujourd'hui des produits du tabac au Cameroun, un chiffre qui témoigne de l'ampleur du phénomène et des enjeux sanitaires qu'il représente.
Selon les conclusions des travaux menés à Yaoundé par les Ministères de la Santé publique et des Finances, la fiscalité actuellement appliquée aux produits du tabac reste insuffisante, avec un taux estimé à 38,4 %, largement inférieur aux 70 % recommandés par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Cet écart de plus de trente points par rapport au standard international constitue le point de départ de la réforme envisagée.

L'enjeu sanitaire occupe une place centrale dans cette réforme. Avec 1,3 million de consommateurs recensés, le tabac représente un facteur de risque majeur pour de nombreuses pathologies chroniques, dont la prise en charge pèse sur le système de santé national. Une fiscalité dissuasive vise directement à réduire ce nombre de consommateurs et, par extension, la charge sanitaire associée aux maladies liées au tabac.
L'enjeu budgétaire est tout aussi déterminant. Le relèvement de la taxe spécifique constitue une source potentielle de recettes fiscales nouvelles, que le gouvernement envisage d'orienter vers la couverture santé universelle, les campagnes de prévention et la prise en charge des maladies liées au tabac. Cette double finalité, sanitaire et budgétaire, place la fiscalité du tabac au croisement de deux politiques publiques distinctes mais complémentaires.
Un enjeu de mise en œuvre progressive se pose également. La réforme prévoit une hausse échelonnée de la taxe spécifique, portée à 10 000 FCFA pour 1 000 cigarettes en 2027, puis à 15 000 FCFA en 2028, ce qui suppose une capacité de suivi et d'ajustement de la mesure sur plusieurs années, dans un contexte où l'écart avec la recommandation de l'OMS demeure important, même après ces relèvements successifs.

Les projections réalisées à l'aide de TAXSIM, l'outil de simulation développé par l'OMS, permettent de quantifier l'impact attendu de la réforme. La hausse de la taxe spécifique à 10 000 FCFA pour 1 000 cigarettes en 2027 pourrait entraîner une baisse d'environ 45 000 fumeurs, tandis que le relèvement à 15 000 FCFA en 2028 porterait cette réduction à environ 65 000 personnes supplémentaires. Cette progression de l'effet dissuasif d'une année sur l'autre suggère que l'impact sanitaire de la mesure s'amplifie à mesure que le niveau de taxation se rapproche des standards internationaux.
Le choix d'une trajectoire progressive, plutôt qu'un relèvement immédiat au niveau recommandé par l'OMS, traduit un arbitrage entre efficacité sanitaire et acceptabilité économique et sociale de la réforme. Un passage direct de 38,4 % à 70 % aurait vraisemblablement produit un effet dissuasif plus marqué à court terme, mais aurait également accru le risque de contournement par la contrebande ou par un report vers des produits du tabac non taxés, phénomène déjà observé dans d'autres pays ayant procédé à des hausses fiscales brutales.
Le lien entre fiscalité du tabac et financement de la santé publique constitue l'aspect le plus structurant de cette réforme. En orientant les recettes supplémentaires vers la couverture santé universelle et la prise en charge des maladies liées au tabac, le dispositif crée une boucle de financement dans laquelle la taxation d'un facteur de risque contribue directement à la prise en charge de ses conséquences sanitaires, plutôt que d'alimenter simplement le budget général de l'État.
L'écart persistant entre le taux projeté pour 2028 et la recommandation de 70 % de l'OMS indique cependant que cette réforme, même pleinement mise en œuvre, ne rapprochera que partiellement le Cameroun des standards internationaux en matière de fiscalité du tabac. Ce constat ouvre la question d'une poursuite de la trajectoire de hausse au-delà de 2028, si les résultats obtenus confirment l'efficacité du dispositif engagé.

La réussite de cette réforme dépendra de la capacité des autorités à mettre effectivement en œuvre les hausses prévues en 2027 puis en 2028, et à vérifier que les baisses de consommation projetées par TAXSIM, soit environ 45 000 puis 65 000 fumeurs en moins, se confirment dans les faits. Un suivi régulier des données de consommation permettra de mesurer l'écart entre les projections initiales et les résultats effectivement observés sur le terrain.
L'affectation concrète des recettes fiscales supplémentaires à la couverture santé universelle, à la prévention et à la prise en charge des maladies liées au tabac constituera un second indicateur déterminant, dans la mesure où cette traçabilité budgétaire permettra de vérifier que la réforme fiscale se traduit bien par un renforcement effectif du système de santé, et non par une simple augmentation des recettes générales de l'État.

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