Le Cameroun continue d'importer massivement du riz, alors même que le pays dispose d'importantes zones de production rizicole. En 2025, ces importations ont représenté 268,7 milliards de francs CFA, soit 5,1 % des dépenses totales d'importation du pays, ce qui illustre l'ampleur persistante de cette dépendance malgré les efforts engagés pour développer la production locale. Certes, cette facture a reculé de 15,6 % par rapport à 2024, mais le Cameroun continue néanmoins de dépenser des centaines de milliards de francs CFA chaque année pour acheter du riz à l'étranger, ce qui pose directement la question des conditions nécessaires à l'atteinte d'une véritable souveraineté alimentaire dans ce domaine.
Pourtant, le pays ne manque pas de potentiel en la matière. De l'Extrême-Nord au Nord, plusieurs bassins offrent en effet d'importantes possibilités de développement de la riziculture. Parmi les principaux acteurs de cette filière figure la Société d'expansion et de modernisation de la riziculture de Yagoua, plus connue sous le nom de SEMRY, implantée dans l'Extrême-Nord. Cette dernière exploite notamment des périmètres rizicoles à Yagoua et à Maga, sur environ 10 348 hectares selon les données rapportées en 2025, ce qui en fait l'un des piliers historiques de la production rizicole nationale.
Cependant, pour que le riz camerounais puisse réellement concurrencer les importations, il ne suffit pas de produire davantage. Il faut également être compétitif en termes de prix, de qualité et de disponibilité sur les marchés locaux. C'est précisément dans ce contexte que la SEMRY a annoncé une baisse de plusieurs de ses prix, une mesure qui concerne Maroua, les populations environnantes et les personnes en transit dans la région. Le sac de riz de 25 kilogrammes passe ainsi de 13 000 à 10 500 francs CFA, soit une réduction significative destinée à renforcer l'attractivité du riz local face au produit importé.
Toutefois, cette baisse de prix suffit-elle à elle seule à rendre le riz local réellement compétitif face aux importations. En réalité, le véritable défi de la filière rizicole camerounaise réside moins dans la fixation des prix que dans les volumes produits. Le Cameroun vise en effet 750 000 tonnes de riz d'ici 2030, contre environ 140 710 tonnes produites en 2024, ce qui représente un écart considérable entre l'objectif fixé et la production effectivement enregistrée à ce jour.
Cet écart entre ambition et réalité de production invite à relativiser la portée de la seule baisse tarifaire annoncée par la SEMRY. En effet, même à un prix plus attractif, le riz local ne pourra combler durablement la demande nationale que si les volumes disponibles augmentent significativement, faute de quoi la baisse de prix risquerait de se traduire par une rupture rapide des stocks plutôt que par une substitution durable aux importations. Ainsi, la question des prix et celle des volumes apparaissent comme deux leviers indissociables, dont l'un ne peut produire son plein effet sans l'autre.
Par ailleurs, l'écart entre les 10 348 hectares exploités par la seule SEMRY et l'objectif national de 750 000 tonnes de riz d'ici 2030 suggère que l'effort à fournir ne peut reposer sur cet unique acteur, aussi central soit-il dans la filière. Une progression de cette ampleur nécessiterait vraisemblablement une mobilisation coordonnée de l'ensemble des bassins rizicoles identifiés dans le pays, de l'Extrême-Nord au Nord, ainsi qu'un accompagnement structurel portant à la fois sur l'extension des surfaces cultivées, l'amélioration des rendements et la modernisation des infrastructures de transformation et de stockage.
Dès lors, la baisse de prix décidée par la SEMRY doit être comprise comme un signal encourageant plutôt que comme une réponse suffisante au défi de la souveraineté alimentaire rizicole camerounaise. Pour réduire durablement les importations, c'est donc bien l'ensemble de la filière rizicole nationale qui devra monter en puissance, en combinant compétitivité tarifaire et augmentation substantielle des volumes produits, sans quoi l'objectif de 750 000 tonnes fixé pour 2030 restera difficilement atteignable au regard du niveau de production actuel.
Le rythme de progression nécessaire pour combler cet écart mérite par ailleurs d'être mis en perspective. Passer d'environ 140 710 tonnes produites en 2024 à 750 000 tonnes visées en 2030 suppose, en effet, une multiplication par plus de cinq de la production nationale en l'espace de six années seulement, ce qui représente un rythme de croissance particulièrement soutenu au regard des dynamiques généralement observées dans le secteur agricole. Un tel objectif implique donc non seulement une extension des surfaces cultivées, mais également des gains de rendement significatifs sur les périmètres déjà exploités, à l'image de ceux gérés par la SEMRY à Yagoua et à Maga.
Cette trajectoire ambitieuse soulève également la question du financement et de l'accompagnement technique nécessaires à une telle transformation. L'extension des surfaces rizicoles, la modernisation des équipements d'irrigation et de transformation, ainsi que la formation des producteurs aux techniques permettant d'améliorer les rendements, constituent autant de conditions préalables à la réalisation de cet objectif. Sans un investissement soutenu sur ces différents leviers, la seule volonté politique affichée à travers la cible de 750 000 tonnes ne suffira vraisemblablement pas à transformer la trajectoire actuelle de la filière rizicole camerounaise.
Enfin, la baisse de prix décidée par la SEMRY, limitée pour l'instant à Maroua et à ses environs, illustre également la nécessité d'une diffusion plus large de ce type de mesure si l'objectif est de peser significativement sur la consommation nationale de riz importé. Une compétitivité tarifaire circonscrite à une seule zone géographique, aussi symbolique soit-elle, ne peut en effet produire qu'un effet limité sur la balance commerciale globale du pays, tant que des mesures similaires ne sont pas étendues aux autres bassins de consommation, notamment dans les grands centres urbains où la demande en riz demeure la plus importante.
Au final, la combinaison de ces différents facteurs, volumes de production, compétitivité des prix, couverture géographique des mesures incitatives et financement de la modernisation de la filière, détermine conjointement la capacité du Cameroun à réduire durablement sa dépendance aux importations de riz. L'initiative de la SEMRY constitue à cet égard une étape utile mais partielle, dont la portée réelle dépendra largement de son extension à l'ensemble de la filière rizicole nationale dans les années à venir.
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