Le Cameroun affiche un score de 6,18 sur 10 en matière de criminalité organisée selon l'Indice mondial de la criminalité organisée 2025, ce qui place le pays au 47e rang mondial et au 13e rang en Afrique. Ce classement s'explique d'abord par la présence de plusieurs marchés criminels actifs sur le territoire national. Selon le même indice, le Cameroun obtient en effet une note de 6,27 sur 10 pour les marchés criminels et de 6,10 sur 10 pour les acteurs criminels, ce qui indique que le problème ne provient pas d'un seul type de crime, mais bien d'un ensemble de trafics, de réseaux et d'activités illégales qui coexistent, se croisent et finissent par constituer un système difficile à contrôler dans son ensemble.
Parmi les activités qui pèsent dans ce classement figurent notamment le trafic d'armes, les produits contrefaits, l'exploitation illégale des ressources naturelles, la criminalité financière ou encore le trafic de drogues. Ce qui rend la situation plus préoccupante, c'est que ces différentes activités peuvent parfois emprunter les mêmes routes, s'appuyer sur les mêmes complicités locales ou exploiter les mêmes failles institutionnelles. Il en résulte que les réseaux criminels deviennent de plus en plus organisés, ce qui les rend simultanément plus difficiles à suivre pour les autorités et plus compliqués à démanteler durablement.
Cette criminalité ne se limite cependant plus aux seuls trafics traditionnels, puisqu'elle évolue également avec les nouvelles technologies. Aujourd'hui, Internet permet en effet aux réseaux criminels d'agir plus rapidement, de toucher un nombre plus important de victimes, et parfois même de franchir les frontières sans avoir besoin de se déplacer physiquement. Selon Interpol, les pertes liées à la cybercriminalité en Afrique ont ainsi plus que doublé, passant de 192 millions de dollars en 2024 à 484 millions de dollars en 2025, notamment sous l'effet de la montée des escroqueries facilitées par l'intelligence artificielle.
Au Cameroun, cette menace numérique reste visible à travers les alertes régulières émises par le Centre d'Incident de Réponse aux Attaques Informatiques du Cameroun, mais également à travers des affaires concrètes révélées par les autorités. En juin 2026, la Gendarmerie Nationale a ainsi annoncé le démantèlement d'un réseau lié à la traite et au trafic d'êtres humains, avec 13 personnes interpellées et plus de 600 victimes identifiées dans un dossier où les escroqueries en ligne étaient également évoquées, illustrant ainsi la porosité croissante entre criminalité traditionnelle et exploitation des outils numériques.
C'est précisément cette capacité des réseaux criminels à s'adapter, à exploiter les failles institutionnelles existantes et à utiliser de nouveaux outils, y compris numériques, qui permet de mieux comprendre pourquoi le Cameroun obtient un score aussi élevé dans l'Indice mondial de la criminalité organisée 2025. En effet, un score combinant à la fois une note élevée pour les marchés criminels et pour les acteurs criminels traduit une situation où l'offre illégale, à savoir les marchés eux-mêmes, et la capacité organisationnelle des groupes qui l'alimentent progressent de manière conjointe, plutôt que de manière isolée.
Cette convergence entre criminalité traditionnelle et criminalité numérique invite par ailleurs à considérer ces deux dimensions non plus comme des phénomènes distincts, mais comme des composantes d'un même écosystème criminel en mutation constante. L'affaire démantelée en juin 2026, où traite d'êtres humains et escroqueries en ligne apparaissent conjointement dans un même dossier, illustre concrètement cette hybridation, qui complique d'autant la tâche des services de sécurité chargés de cartographier et de neutraliser ces réseaux.
Au final, ce classement ne s'explique donc pas par un seul problème isolé, mais révèle plutôt une criminalité organisée capable de se déplacer, de se transformer et de s'adapter aux failles du pays, y compris dans l'espace numérique.
Cette capacité d'adaptation constante constitue ainsi le principal défi auquel les autorités camerounaises devront faire face dans les années à venir, dans la mesure où toute réponse centrée exclusivement sur un seul type de criminalité, qu'elle soit traditionnelle ou numérique, risquerait de laisser le champ libre aux réseaux capables de se redéployer rapidement vers les failles restées non couvertes par l'action publique.
Cette lecture invite par ailleurs à réexaminer la manière dont les scores composant l'Indice mondial de la criminalité organisée doivent être interprétés dans le cas camerounais. La proximité entre la note de 6,27 attribuée aux marchés criminels et celle de 6,10 attribuée aux acteurs criminels suggère en effet que ces deux dimensions se renforcent mutuellement, les marchés illégaux offrant des débouchés stables aux réseaux organisés, tandis que la sophistication croissante de ces mêmes réseaux permet en retour d'élargir et de diversifier l'offre criminelle disponible sur le territoire national.
Face à cette dynamique, l'affaire démantelée par la Gendarmerie Nationale en juin 2026 illustre également l'ampleur humaine du phénomène, avec plus de 600 victimes identifiées dans un seul dossier. Ce chiffre rappelle que la criminalité organisée mesurée par l'indice ne se limite pas à une abstraction statistique, mais correspond à des situations concrètes affectant un nombre significatif de personnes, ce qui renforce l'urgence d'une réponse coordonnée entre les services chargés de la lutte contre la criminalité traditionnelle et ceux spécialisés dans la réponse aux incidents informatiques, à l'image du Centre d'Incident de Réponse aux Attaques Informatiques du Cameroun déjà mentionné.
Dès lors, la position du Cameroun au 47e rang mondial et au 13e rang africain de cet indice ne doit pas être lue comme un simple indicateur figé, mais comme le reflet d'un écosystème criminel dynamique, dont l'évolution future dépendra directement de la capacité des autorités à décloisonner leur réponse entre les différentes formes de criminalité identifiées, plutôt que de traiter séparément les trafics traditionnels, la criminalité financière et les escroqueries numériques qui, comme le montre l'affaire de juin 2026, tendent de plus en plus à se recouper au sein de mêmes réseaux organisés.
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