Le Cameroun est classé parmi les dix pays africains où le taux de suicide est le plus élevé, occupant la cinquième place selon l'Organisation mondiale de la santé, avec un taux largement supérieur à la moyenne mondiale. Selon les dernières données disponibles de l'OMS, publiées dans ses statistiques sanitaires mondiales de 2019, le taux de suicide au Cameroun est passé de 4,9 pour 100 000 habitants en 2012 à 12,2 pour 100 000 habitants en 2016, soit plus qu'un doublement en seulement quatre ans. Cette hausse rapide a d'ailleurs conduit le Ministère de la Santé Publique à intégrer cet indicateur dans son rapport de suivi des indicateurs clés de santé du pays.
Ces chiffres révèlent par ailleurs un écart important entre les sexes. Toujours selon l'OMS, le taux s'élève à 17,1 pour 100 000 chez les hommes, contre 5,4 pour 100 000 chez les femmes, ce qui signifie que les hommes camerounais sont concernés plus de deux fois plus souvent que les femmes. Concrètement, le rapport mondial de l'OMS sur le suicide dénombrait, pour l'année 2019, environ 1 763 décès chez les hommes contre 569 chez les femmes, un écart numérique qui confirme l'ampleur de cette différence entre les deux populations.
Cet écart entre les sexes s'explique en partie par les méthodes employées, les hommes ayant davantage recours à des moyens jugés plus létaux, ce qui réduit statistiquement les chances de survie par rapport aux méthodes plus souvent utilisées par les femmes. Cette différence méthodologique, documentée dans la littérature internationale sur le sujet, constitue un facteur explicatif reconnu de l'écart de mortalité observé entre hommes et femmes, indépendamment même de différences éventuelles dans la fréquence des tentatives elles-mêmes.
Sur les causes profondes de ce phénomène, l'Organisation mondiale de la santé reste prudente et ne les détaille pas précisément pour le cas spécifique du Cameroun. Les experts évoquent toutefois plusieurs facteurs contributifs, parmi lesquels la pression économique et le chômage, les crises sociopolitiques que traverse le pays depuis plusieurs années, la stigmatisation encore forte entourant la santé mentale, ainsi que le manque de structures d'accompagnement psychologique réellement accessibles à l'ensemble de la population.
Cette combinaison de facteurs économiques, sociopolitiques et culturels invite à considérer le phénomène du suicide au Cameroun non pas comme un problème isolé de santé individuelle, mais comme un enjeu structurel de santé publique, dans la mesure où plusieurs des causes évoquées par les experts, telles que le chômage ou les crises sociopolitiques, dépassent largement le cadre strictement médical et renvoient à des dynamiques économiques et sociales plus larges affectant l'ensemble de la population camerounaise.
Face à ce constat, le Cameroun marque chaque année, comme le reste du monde, la Journée mondiale de prévention du suicide le 10 septembre. Cette date constitue l'occasion pour les autorités sanitaires et les associations de sensibiliser la population sur les signes avant-coureurs de détresse psychologique et sur l'importance d'en parler ouvertement, dans un contexte où la stigmatisation entourant la santé mentale continue, selon les experts déjà cités, de constituer un frein important à la prise en charge des personnes concernées.
Reste toutefois à savoir si cette sensibilisation annuelle suffit à elle seule à combler le manque de structures d'accompagnement psychologique encore signalé par de nombreux spécialistes. En effet, une journée de sensibilisation, aussi utile soit-elle pour libérer la parole autour de ce sujet, ne remplace pas la nécessité de disposer, tout au long de l'année, de dispositifs d'accompagnement psychologique accessibles géographiquement et financièrement à l'ensemble de la population, en particulier dans les zones où de tels services demeurent aujourd'hui les plus limités.
Ainsi, l'écart déjà documenté entre l'ampleur du phénomène, illustré par le classement du Cameroun parmi les dix pays africains les plus concernés, et la disponibilité actuelle des structures d'accompagnement psychologique, dessine un enjeu de politique publique qui dépasse la seule sensibilisation ponctuelle. Répondre durablement à cet enjeu suppose vraisemblablement un renforcement structurel de l'offre de soins en santé mentale, complémentaire aux actions de sensibilisation déjà engagées chaque 10 septembre par les autorités sanitaires et les associations camerounaises.
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