Au Cameroun, les prix des produits alimentaires recommencent à augmenter, et l'inflation dépasse à nouveau le seuil fixé par la CEMAC. En juillet 2026, l'inflation atteint en effet 3,4 % sur un an, dépassant ainsi le plafond de 3 % retenu par la Communauté Économique et Monétaire de l'Afrique Centrale. Or, cette hausse provient principalement de la production nationale, ce qui soulève une question à première vue paradoxale, celle de savoir comment des produits fabriqués localement peuvent coûter plus cher que des produits importés depuis l'étranger.
Pour comprendre ce phénomène, il convient d'abord d'examiner le côté de l'offre locale. Lorsque la production disponible ne suffit pas à répondre à la demande, les prix ont naturellement tendance à augmenter, un mécanisme particulièrement visible pour les produits agricoles et frais, dont les prix restent très sensibles à leur disponibilité effective sur les marchés. Cette sensibilité explique en partie pourquoi certains produits locaux, soumis aux aléas de la production agricole, peuvent connaître des variations de prix plus marquées que des produits importés bénéficiant de circuits d'approvisionnement plus stables.
À ce premier facteur s'ajoutent les coûts de production et de distribution. En effet, pour qu'un produit parvienne du champ jusqu'au marché, il doit être produit, transporté, parfois stocké et conservé, autant d'étapes qui génèrent des coûts susceptibles de faire grimper le prix final payé par le consommateur. Selon l'Institut National de la Statistique, cette hausse s'explique notamment par l'augmentation des coûts de production ainsi que par les difficultés de transport et de distribution rencontrées sur le territoire national, les produits frais étant particulièrement concernés par ces contraintes logistiques.
L'Institut National de la Statistique indique d'ailleurs que les produits alimentaires constituent le principal moteur de cette nouvelle poussée des prix, ce qui confirme que la dynamique inflationniste observée en juillet 2026 trouve son origine dans des facteurs structurels liés à la chaîne de production locale, plutôt que dans une hausse généralisée touchant l'ensemble des catégories de produits de manière uniforme.
Il convient toutefois de bien comprendre un point essentiel, à savoir qu'un produit local n'est pas nécessairement moins cher du seul fait qu'il est produit au Cameroun. Son prix dépend en réalité de l'ensemble de la chaîne qui le relie au consommateur final, depuis la production jusqu'à la distribution. C'est précisément là que réside le paradoxe identifié, puisque le Cameroun peut produire localement, mais si produire, transporter, stocker et distribuer ce produit coûtent cher, le produit final peut malgré tout rester plus onéreux qu'un produit importé, dont la chaîne logistique bénéficie parfois d'économies d'échelle plus importantes.
Cette situation n'est d'ailleurs pas nouvelle. En 2025 déjà, les prix des biens et services produits localement avaient augmenté de 3,9 %, contre seulement 2,2 % pour les produits importés, un écart qui confirme la persistance de ce phénomène sur plusieurs années consécutives. Sur la même période, les prix des produits alimentaires avaient progressé de 7 %, tandis que ceux des produits frais, plus exposés aux aléas de production et de conservation, avaient augmenté de 11,1 %, soit un rythme nettement supérieur à celui observé pour les produits importés.
Face à ce constat, le défi qui se dessine pour le Cameroun apparaît donc double. D'une part, il s'agit de produire davantage afin de réduire la dépendance du pays aux importations et de mieux répondre à la demande intérieure. D'autre part, il faut également réduire les coûts qui s'accumulent entre le producteur et le consommateur final, qu'il s'agisse des coûts de transport, de stockage ou de distribution.
Cet écart persistant entre l'évolution des prix locaux et celle des prix importés, avec 3,9 % contre 2,2 % en 2025, mérite d'être interprété avec attention, dans la mesure où il inverse une intuition économique communément admise, celle selon laquelle la production locale devrait naturellement offrir des prix plus compétitifs que l'importation, ne serait-ce qu'en évitant les coûts de transport international et les droits de douane généralement appliqués aux produits venus de l'étranger. Le fait que la réalité observée au Cameroun contredise cette intuition suggère que les inefficacités présentes tout au long de la chaîne locale, de la production jusqu'à la distribution, pèsent davantage que les avantages théoriques normalement associés à la proximité géographique entre producteurs et consommateurs.
Cette situation invite ainsi à porter une attention particulière aux maillons intermédiaires de la chaîne de valeur agricole camerounaise. Les difficultés de transport et de distribution mentionnées par l'Institut National de la Statistique ne se limitent probablement pas à l'état des infrastructures routières, mais concernent également l'organisation même des circuits de commercialisation, le nombre d'intermédiaires successifs entre le producteur et le point de vente final, ainsi que les capacités de stockage et de conservation disponibles pour limiter les pertes post-récolte, particulièrement élevées pour les produits frais dont la hausse de prix de 11,1 % en 2025 dépasse largement celle de l'ensemble des produits alimentaires.
En effet, produire davantage ne suffira pas, à lui seul, à réduire durablement les prix des produits locaux si le transport, le stockage ou la distribution continuent de faire grimper le coût final supporté par les consommateurs camerounais. Une action combinée sur ces deux leviers, l'augmentation de la production et la réduction des coûts intermédiaires, apparaît ainsi comme la condition nécessaire pour que le Cameroun parvienne à concilier son objectif de renforcement de la production locale avec celui, tout aussi important pour les ménages, de maîtrise de l'inflation alimentaire dans les années à venir.
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