Selon le rapport 2026 d'Interpol, le Cameroun est le deuxième pays africain où le plus grand nombre de détections liées à des appareils contrôlés par des cybercriminels a été enregistré en 2025, avec un total de 40,5 millions de détections recensées. Pour comprendre l'origine de ce chiffre, il convient de rappeler qu'un cybercriminel n'a pas nécessairement besoin de prendre le contrôle d'un téléphone ou d'un ordinateur de manière visible pour sa victime. Il peut en effet simplement l'inciter à cliquer sur un faux lien, à télécharger une fausse application ou à ouvrir une pièce jointe piégée.
Une fois le logiciel malveillant ainsi installé, l'appareil concerné peut être utilisé à l'insu de son propriétaire, que ce soit pour récupérer des mots de passe, des informations personnelles, ou même pour participer à d'autres cyberattaques menées à distance. C'est précisément ce type de menace qui se cache derrière la majorité des détections enregistrées au Cameroun, ce qui explique l'ampleur du chiffre communiqué par Interpol pour l'année 2025.
Il convient toutefois de nuancer la portée de ce chiffre de 40,5 millions de détections, qui ne signifie pas que 40,5 millions de Camerounais auraient été piratés au cours de l'année. Il s'agit en effet de détections enregistrées par les systèmes de sécurité, un même appareil pouvant ainsi être détecté à plusieurs reprises au fil du temps. Cette précision méthodologique est importante, dans la mesure où elle invite à interpréter ce chiffre comme un indicateur de l'intensité de l'activité malveillante observée sur le territoire, plutôt que comme une mesure directe du nombre de victimes distinctes.
Ce phénomène ne se limite d'ailleurs pas à la seule question des appareils compromis, puisque le Cameroun fait déjà face à des milliers de problèmes de sécurité informatique plus larges. Selon l'Agence Nationale des Technologies de l'Information et de la Communication, depuis janvier 2024, 8 502 failles de sécurité ont été découvertes dans les systèmes informatiques d'organisations publiques et privées. Sur la même période, près de 8 500 faux comptes en ligne ont été détectés, parmi lesquels 6 416 ont été supprimés, notamment grâce à la collaboration engagée avec des plateformes telles que Facebook et TikTok.
Face à cette menace multiforme, le Cameroun renforce également ses propres moyens de défense. En janvier 2026, l'Agence Nationale des Technologies de l'Information et de la Communication a ainsi mis en service de nouveaux équipements de cybersécurité, d'une valeur dépassant 735 millions de francs CFA, destinés notamment à mieux détecter les attaques et les failles présentes dans les systèmes informatiques nationaux.
Cependant, pendant que les autorités camerounaises renforcent ainsi leurs moyens de détection, les cybercriminels adoptent eux aussi de nouveaux outils, parmi lesquels l'intelligence artificielle occupe désormais une place centrale. Selon Interpol, 55 % des pays africains interrogés ont signalé l'utilisation de l'intelligence artificielle dans des affaires de cybercriminalité, cette technologie permettant aux escrocs de créer plus rapidement des messages crédibles, de fabriquer de fausses identités ou encore d'imiter certaines personnes avec un réalisme accru.
Cette évolution technologique rejoint directement la problématique des appareils compromis évoquée en amont, dans la mesure où l'intelligence artificielle peut faciliter la création de faux liens ou de fausses applications plus convaincants, augmentant ainsi les chances qu'un utilisateur clique sur un contenu piégé et contribue, sans le savoir, à l'augmentation du nombre de détections enregistrées au niveau national.
Au-delà des particuliers, les cybercriminels ciblent également les entreprises, les banques, les administrations et les services essentiels, avec des conséquences financières croissantes à l'échelle du continent. Les pertes financières liées à la cybercriminalité sont en effet passées de 192 millions de dollars en 2024 à 484 millions de dollars en 2025, soit plus du double en une seule année, ce qui confirme que l'intensification des moyens techniques déployés par les cybercriminels s'accompagne d'un impact économique de plus en plus lourd, aussi bien pour les particuliers camerounais que pour les institutions publiques et privées du pays.
Cette dynamique invite ainsi à considérer les 40,5 millions de détections enregistrées au Cameroun non pas comme un phénomène isolé, mais comme la manifestation la plus visible d'un écosystème de cybercriminalité plus vaste, où appareils compromis, failles de sécurité, faux comptes en ligne et pertes financières s'articulent entre eux. Un appareil compromis peut en effet servir de point d'entrée pour exploiter une faille de sécurité, tout comme un faux compte peut être utilisé pour diffuser un lien piégé conduisant à la compromission d'un nouvel appareil, ce qui alimente un cycle difficile à interrompre sans une action coordonnée sur l'ensemble de ces maillons.
Face à cette interconnexion des menaces, l'investissement de plus de 735 milliards de francs CFA consenti par l'Agence Nationale des Technologies de l'Information et de la Communication en janvier 2026 constitue une étape nécessaire, mais dont l'efficacité dépendra largement de la capacité du Cameroun à maintenir un rythme de mise à jour de ses outils de détection comparable à celui de l'évolution des techniques employées par les cybercriminels, en particulier celles reposant désormais sur l'intelligence artificielle. À défaut d'une telle adaptation continue, l'écart entre les moyens défensifs déployés et la sophistication croissante des attaques pourrait se maintenir, voire se creuser, dans les prochaines années.
Your email address will not be published. Required fields are marked *