La 5G va bientôt s'implanter au Cameroun, selon une promesse formulée par l'Agence de Régulation des Télécommunications. Or, cette annonce intervient alors que des millions d'usagers peinent encore à obtenir une connexion stable au quotidien, ce qui invite à s'interroger sur la préparation réelle du pays à passer à cette génération technologique suivante. Selon l'Internet Society, le Cameroun affiche aujourd'hui un débit mobile moyen d'environ 16 mégabits par seconde, tandis que le score de résilience de son réseau internet est jugé seulement moyen.
Sur le terrain, cette situation se traduit concrètement par une connexion qui ralentit ou par des coupures ponctuelles, souvent liées aux délestages électriques ou à des incidents survenant sur le câble sous-marin reliant le pays au réseau mondial. Ce constat mérite d'être mis en perspective avec un autre chiffre révélateur, à savoir que 95 % de la population dispose aujourd'hui d'un appareil compatible 4G, contre moins de 1 % pour un appareil compatible 5G. L'écart est donc considérable entre la technologie que la majorité des Camerounais utilise au quotidien et celle qui est désormais annoncée pour un avenir proche.
Le Cameroun n'est cependant pas isolé dans cette configuration régionale. Le Gabon, plus proche encore, a introduit la 5G en 2024, pour l'instant limitée à certains quartiers de Libreville, un second opérateur prévoyant par ailleurs d'étendre son offre dans le courant de l'année. Le Cameroun, quant à lui, en est encore à la phase préparatoire, ce qui le place dans une position légèrement en retrait par rapport à ce voisin régional déjà entré, même partiellement, dans la phase de déploiement commercial de cette technologie.
C'est dans ce contexte que l'annonce de l'Agence de Régulation des Télécommunications prend tout son sens. L'agence a en effet déclaré que le processus préalable au lancement de la 5G était pratiquement clôturé, et que des contrôles avaient été menés sur le terrain afin de renforcer et de faire respecter les engagements pris par les opérateurs. Du côté de ces derniers, les choses avancent également, puisque CAMTEL a par exemple lancé, en mars 2026, un appel d'offres pour l'acquisition de 2,3 millions de cartes SIM compatibles 5G, ce qui traduit un début de mobilisation opérationnelle en amont du lancement effectif.
Toutefois, l'écart déjà mentionné entre le taux d'équipement en appareils compatibles 4G et celui en appareils compatibles 5G soulève une question de fond quant au rythme d'adoption réel de la nouvelle technologie une fois celle-ci disponible. En effet, même si les opérateurs et le régulateur parviennent à établir les infrastructures nécessaires dans les délais annoncés, la 5G ne pourra produire ses effets attendus qu'à mesure que les usagers camerounais renouvelleront progressivement leurs équipements, un processus qui prendra vraisemblablement plusieurs années au regard du taux actuel de pénétration, inférieur à 1 % de la population.
Par ailleurs, les limites déjà observées sur le réseau actuel, qu'il s'agisse du débit mobile moyen ou du score de résilience jugé seulement moyen, interrogent la capacité du pays à absorber une nouvelle génération technologique sans avoir au préalable consolidé les fondations de son réseau existant. Autrement dit, le lancement de la 5G ne saurait à lui seul résoudre les difficultés de connexion rencontrées quotidiennement par une large partie des usagers, dès lors que ces difficultés trouvent en partie leur origine dans des facteurs structurels tels que les délestages électriques ou la vulnérabilité du câble sous-marin, qui continueront d'affecter le réseau indépendamment de la génération technologique déployée.
L'enjeu n'est donc pas seulement de lancer une nouvelle technologie, mais bien de le faire sur des bases suffisamment solides pour que ses bénéfices se traduisent concrètement pour les usagers. L'Agence de Régulation des Télécommunications affirme avoir posé les fondations réglementaires nécessaires à ce lancement, mais il reste désormais à transformer cette annonce en un réseau effectivement capable de répondre aux attentes des usagers, sans reproduire les limites déjà constatées sur l'infrastructure 4G actuellement en place.
La comparaison avec le Gabon offre à cet égard un éclairage utile sur la manière dont un déploiement progressif peut être conduit. En limitant dans un premier temps la 5G à certains quartiers de Libreville avant d'envisager une extension plus large, le Gabon a privilégié une approche graduelle, susceptible de permettre un ajustement des infrastructures au fur et à mesure de la montée en charge du réseau. Une trajectoire comparable pourrait s'avérer pertinente pour le Cameroun, dont la taille du territoire et la diversité des situations de connectivité entre zones urbaines et zones rurales rendent peu probable un déploiement homogène et simultané sur l'ensemble du pays dès les premiers mois de lancement.
L'appel d'offres lancé par CAMTEL pour l'acquisition de 2,3 millions de cartes SIM compatibles 5G constitue, à ce titre, un indicateur intéressant de l'ampleur anticipée du marché initial. Rapporté à une population camerounaise dont moins de 1 % dispose actuellement d'un appareil compatible, ce volume suggère une anticipation d'une adoption plus rapide que ne le laisse penser le taux d'équipement actuel, ce qui pourrait refléter soit une stratégie commerciale volontariste destinée à accélérer la transition, soit une projection ambitieuse dont la réalisation dépendra largement de la baisse du coût des terminaux compatibles sur le marché local.
Enfin, la question du financement et de l'entretien des infrastructures mérite également d'être posée, dans la mesure où les difficultés actuelles du réseau, notamment celles liées aux délestages électriques, ne relèvent pas uniquement du secteur des télécommunications mais aussi de la fiabilité plus générale de l'approvisionnement énergétique national. Ainsi, la réussite du déploiement de la 5G au Cameroun dépendra non seulement des efforts spécifiquement consentis par l'Agence de Régulation des Télécommunications et par les opérateurs, mais également de la capacité du pays à résoudre des contraintes structurelles qui dépassent le seul périmètre du secteur numérique.
Your email address will not be published. Required fields are marked *