La valeur du BTS à l'épreuve de l'insertion professionnelle
Domains: Sécurité personnelle et sociétale
Regions: Afrique centrale
Nations: Cameroun

Le Brevet de Technicien Supérieur camerounais affiche un taux de réussite de 45,5 % en 2026, tandis que le Higher National Diploma enregistre pour sa part 54,79 %. Ces résultats, qui portent sur l'accès au diplôme lui-même, ne renseignent toutefois pas directement sur la valeur réelle de cette formation une fois les étudiants sortis du système éducatif. Or, le BTS constitue une formation conçue pour préparer directement à un métier, permettant aux étudiants d'acquérir des compétences techniques en vue d'intégrer le monde professionnel ou de poursuivre leurs études. Cette filière existe aujourd'hui dans plusieurs domaines, allant de l'agriculture à l'industrie, en passant par le commerce, la gestion ou encore l'informatique.

Cependant, obtenir ce diplôme suffit-il réellement à décrocher un emploi. Les difficultés d'accès à l'emploi concernent en effet aussi les jeunes diplômés, et pas seulement ceux dépourvus de qualification. Selon les dernières données de l'Institut National de la Statistique, le taux d'emploi des jeunes âgés de 15 à 34 ans s'établit à 39,3 % au Cameroun. Plus révélateur encore, même avec un niveau d'études supérieures, trouver un emploi demeure difficile, puisque l'Institut National de la Statistique relève un taux de chômage de 17,6 % chez les personnes ayant précisément atteint ce niveau d'enseignement.

Face à ce constat, l'un des principaux défis identifiés reste l'expérience professionnelle. Pour y répondre, le Ministère de l'Enseignement Supérieur a signé, en juin 2026, des partenariats avec SOGP-CAM, CamTel et la Chambre de Commerce, d'Industrie, des Mines et de l'Artisanat, afin de rapprocher davantage les étudiants du monde professionnel. Dans ce cadre, des appels à manifestation d'intérêt ont notamment été lancés pour 140 postes de stage d'imprégnation et d'apprentissage professionnel, ce qui traduit une volonté institutionnelle de combler le déficit d'expérience pratique souvent reproché aux jeunes diplômés.

Toutefois, ces initiatives suffisent-elles à résoudre le problème dans son ensemble, dans la mesure où la question de l'expérience n'est pas la seule en cause. Une analyse de la Banque mondiale sur l'emploi des jeunes au Cameroun relève en effet un décalage entre certaines compétences acquises dans le système éducatif et celles effectivement recherchées par les employeurs. Cette même analyse souligne par ailleurs le manque d'expérience professionnelle et de compétences entrepreneuriales chez certains jeunes, ce qui confirme que la difficulté d'insertion des diplômés du BTS résulte de la combinaison de plusieurs facteurs, et non d'une cause unique isolée.

Ainsi, le défi pour le Cameroun ne consiste donc pas seulement à former davantage de jeunes, mais aussi à faire en sorte que ces formations répondent effectivement aux besoins réels du marché du travail. En d'autres termes, l'amélioration du taux de réussite au BTS ou au Higher National Diploma, bien qu'elle constitue un indicateur utile de la performance du système éducatif, ne garantit pas à elle seule une meilleure insertion professionnelle des diplômés, tant que persiste ce décalage entre compétences enseignées et compétences recherchées par les entreprises.

Par conséquent, la réussite d'un BTS ne devrait pas seulement se mesurer au nombre de diplômes délivrés chaque année. Il faut également examiner ce que deviennent les diplômés après leur formation, en s'intéressant notamment au nombre d'entre eux qui trouvent effectivement un emploi, à celui qui parvient à créer sa propre activité, et à celui qui utilise réellement, dans son parcours professionnel, les compétences techniques acquises durant sa formation. Cette approche plus qualitative de l'évaluation du BTS permettrait de dépasser la seule lecture quantitative fondée sur les taux de réussite aux examens, pour se concentrer sur l'objectif final de toute formation technique, à savoir l'insertion durable des diplômés dans le monde du travail.

Dans cette perspective, les partenariats signés en juin 2026 entre le Ministère de l'Enseignement Supérieur et des acteurs comme SOGP-CAM, CamTel ou la Chambre de Commerce, d'Industrie, des Mines et de l'Artisanat, constituent une étape utile, dont l'impact réel ne pourra toutefois être mesuré qu'à travers le suivi du devenir professionnel des 140 stagiaires concernés par les appels à manifestation d'intérêt.

Par ailleurs, l'écart entre le nombre de diplômés du BTS chaque année et les 140 postes de stage annoncés en juin 2026 mérite d'être souligné, dans la mesure où il donne une indication de l'échelle à laquelle ce type de dispositif peut, à ce stade, agir sur l'insertion professionnelle des jeunes diplômés. Un tel volume, aussi bienvenu soit-il pour les bénéficiaires directs, ne saurait à lui seul répondre à l'ampleur du défi révélé par le taux de chômage de 17,6 % chez les personnes ayant atteint un niveau d'enseignement supérieur, ce qui suggère qu'un déploiement plus large de ce type de partenariat sera nécessaire pour produire un effet significatif sur les indicateurs nationaux d'emploi des jeunes.

De plus, le succès de ces initiatives dépendra également de leur capacité à s'inscrire dans la durée plutôt que de rester des dispositifs ponctuels. En effet, un partenariat limité à une cohorte unique de stagiaires ne modifierait que marginalement la trajectoire globale de l'insertion professionnelle des diplômés du BTS, alors qu'une reconduction régulière de ce type de collaboration entre le système éducatif et les acteurs économiques, couplée à une révision périodique des référentiels de formation en fonction des besoins exprimés par les employeurs, permettrait d'apporter une réponse plus structurelle au décalage de compétences identifié par la Banque mondiale.

C'est en effet ce type de suivi dans la durée, articulé à une meilleure adéquation entre les référentiels de formation et les besoins exprimés par les employeurs, qui permettra de déterminer si le BTS camerounais parvient progressivement à combler l'écart identifié par la Banque mondiale entre compétences acquises et compétences recherchées sur le marché du travail, et donc à transformer un diplôme techniquement reconnu en un véritable levier d'insertion professionnelle durable pour les jeunes camerounais.

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