La confiance des créanciers face à l'épreuve de la soutenabilité budgétaire au Cameroun
Domains: Sécurité économique
Regions: Afrique centrale
Nations: Cameroun

Le Cameroun emprunte actuellement moins cher que plusieurs de ses voisins de la CEMAC. En 2024, pour les emprunts à long terme, le pays payait en moyenne 7,08 % d'intérêts, contre 8,48 % au Gabon et 9,78 % au Congo. Pour comprendre cet écart, il faut d'abord rappeler le mécanisme général de l'emprunt souverain, à savoir qu'un État emprunte de l'argent auprès d'investisseurs, notamment des banques, et doit leur rendre cette somme assortie d'intérêts. Ainsi, plus les investisseurs estiment qu'un pays présente des risques, plus ils exigent des intérêts élevés, tandis qu'une confiance plus importante leur permet d'accepter un taux plus faible.

C'est précisément ce mécanisme de confiance qui semble jouer en faveur du Cameroun. En 2024, le pays a en effet emprunté à des taux plus faibles que le Congo et le Gabon, particulièrement pour les emprunts à long terme, ce qui traduit une perception du risque plus favorable de la part des investisseurs. Cette différence s'explique notamment par la structure de l'économie camerounaise, relativement importante et diversifiée au sein de la sous-région. Le pays ne dépend pas uniquement du pétrole, puisqu'il produit et exporte également des produits agricoles, tout en disposant d'activités significatives dans les services et l'industrie.

Cette diversification économique peut ainsi rassurer les investisseurs quant à la capacité du pays à générer les revenus nécessaires au remboursement de ses emprunts, contrairement à des économies plus dépendantes d'une seule ressource, davantage exposées aux fluctuations des cours internationaux. Par ailleurs, le Cameroun emprunte régulièrement sur le marché régional, ce qui signifie que les investisseurs connaissent déjà sa signature financière et continuent, de ce fait, à participer à ses émissions de titres publics avec une certaine régularité, renforçant ainsi la confiance accordée au pays au fil du temps.

Il convient toutefois de nuancer cette lecture favorable, car emprunter moins cher ne signifie pas pour autant que le Cameroun soit exempt de tout problème de dette. Le Fonds monétaire international considère en effet toujours que le pays présente un risque élevé de surendettement, même si sa dette reste par ailleurs jugée soutenable dans l'analyse de l'institution. Fin 2024, la dette publique représentait environ 43,4 % du produit intérieur brut, un niveau qui, bien qu'inférieur à certains seuils d'alerte internationaux, continue de nécessiter une vigilance particulière au regard de la trajectoire future des finances publiques camerounaises.

Cette vigilance apparaît d'autant plus justifiée que le Fonds monétaire international estime que les besoins de financement de l'État camerounais pourraient atteindre environ 8 000 milliards de francs CFA entre 2025 et 2027. Un tel volume de financement à mobiliser sur une période aussi courte pose directement la question de la capacité du pays à continuer d'emprunter à des conditions favorables, dans la mesure où l'accumulation de nouveaux emprunts, même à taux avantageux, finit par peser sur le service global de la dette et sur la part du budget national qui doit y être consacrée chaque année.

Ainsi, le véritable enjeu ne se limite donc pas à savoir si le Cameroun emprunte moins cher que ses voisins de la CEMAC, aussi significatif que soit cet avantage comparatif actuel. Il faut également examiner combien le pays emprunte au total, combien il doit rembourser chaque année, et surtout s'il disposera de recettes suffisantes pour honorer ces engagements sans compromettre le financement d'autres priorités budgétaires, telles que les investissements dans les infrastructures, la santé ou l'éducation.

Cette question des recettes futures mérite d'autant plus d'attention que le montant de 8 000 milliards de francs CFA de besoins de financement identifiés par le Fonds monétaire international pour la période 2025-2027 représente une somme considérable au regard du budget annuel de l'État camerounais. Répartie sur trois années, cette enveloppe suppose un rythme de mobilisation de nouveaux emprunts particulièrement soutenu, ce qui pourrait, à terme, exercer une pression à la hausse sur les taux d'intérêt exigés par les investisseurs si ces derniers venaient à percevoir un risque accru lié au volume croissant de dette accumulée par le pays.

Par ailleurs, le maintien d'un taux d'intérêt favorable, tel que celui observé en 2024 avec 7,08 % contre 8,48 % au Gabon et 9,78 % au Congo, ne constitue pas une garantie acquise indéfiniment. Ce taux reflète en effet la perception actuelle des investisseurs, elle-même fondée sur des indicateurs tels que le niveau d'endettement, la diversification économique et la régularité des émissions passées. Toute dégradation de ces indicateurs, notamment si le ratio dette publique sur produit intérieur brut venait à s'éloigner sensiblement des 43,4 % enregistrés fin 2024, pourrait ainsi conduire les investisseurs à revoir à la hausse les taux exigés lors des prochaines émissions de titres publics camerounais.

Cette double lecture, celle d'un taux d'emprunt actuellement favorable mais celle d'un risque de surendettement toujours identifié par le Fonds monétaire international, illustre ainsi la nature ambivalente de la situation budgétaire camerounaise. La confiance des investisseurs, mesurée à travers des taux d'intérêt inférieurs à ceux du Gabon ou du Congo, constitue certes un atout réel pour le financement à court terme de l'État, mais elle ne dispense pas les autorités camerounaises d'une gestion rigoureuse des nouveaux emprunts à mobiliser d'ici 2027, sous peine de voir cet avantage comparatif s'éroder si la trajectoire de la dette venait à se dégrader davantage.

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