Le Made in Cameroon face à la domination persistante des cosmétiques importés au Cameroun
Domains: Sécurité économique et sanitaire
Regions: Afrique centrale
Nations: Cameroun

Les Camerounais consomment de plus en plus de produits cosmétiques, et en trois ans, les importations de parfums et de produits de beauté ont augmenté de 66 %. Avec un chiffre d'affaires estimé à 170 millions d'euros en 2023, le Cameroun constitue aujourd'hui le troisième plus grand marché de produits cosmétiques et d'hygiène en Afrique subsaharienne francophone, derrière la République Démocratique du Congo et la Côte d'Ivoire. Cette forte demande profite pourtant encore largement aux produits importés, malgré la présence croissante de marques locales sur ce marché en expansion.

En 2025, le Cameroun a ainsi dépensé 55,8 milliards de francs CFA pour importer des parfums et des produits de beauté, contre 33,5 milliards en 2023, soit une progression qui confirme l'ampleur de cette dépendance persistante aux produits étrangers, alors même que le nombre de marques camerounaises présentes sur le marché continue d'augmenter. Cette situation invite donc à s'interroger sur les raisons pour lesquelles le Made in Cameroon peine encore à s'imposer face à une offre importée toujours dominante.

Un premier facteur explicatif concerne le coût de production supporté par les fabricants locaux. Ces derniers doivent en effet parfois importer certains éléments nécessaires à la fabrication de leurs produits, notamment les emballages, qui ne sont pas toujours disponibles en quantité suffisante sur le marché local. Cette contrainte logistique peut ainsi augmenter les coûts de production et fragiliser d'autant la compétitivité des fabricants camerounais face à des concurrents étrangers bénéficiant de chaînes d'approvisionnement plus intégrées.

À ce premier facteur s'ajoute la question de la confiance des consommateurs, l'origine d'un produit pouvant influencer directement la façon dont ces derniers jugent sa qualité et décident de l'acheter, en particulier lorsqu'il s'agit de cosmétiques, des produits appliqués directement sur la peau et donc particulièrement sensibles à la perception de qualité et de sécurité. À cette dimension de confiance s'ajoutent par ailleurs la contrebande, la contrefaçon et les problèmes de labellisation, autant de phénomènes qui compliquent la capacité des consommateurs à distinguer clairement un produit local authentique et de qualité d'un produit contrefait ou mal étiqueté.

Le problème ne concerne cependant pas uniquement les produits étrangers ou les circuits informels, puisque le packaging et la présentation des produits camerounais constituent également un enjeu déterminant pour la compétitivité du Made in Cameroon. C'est dans cette perspective qu'en 2024, des acteurs du secteur ont lancé des initiatives destinées à améliorer le packaging, l'étiquetage et les codes-barres des produits fabriqués localement, une démarche qui reconnaît implicitement que la qualité intrinsèque d'un produit ne suffit pas, à elle seule, à convaincre le consommateur si sa présentation demeure en retrait par rapport aux standards des produits importés.

Malgré ces difficultés, le potentiel du marché camerounais des cosmétiques demeure réel, ce dernier étant suffisamment important pour permettre aux entreprises locales de se développer durablement. Le gouvernement cherche d'ailleurs à renforcer la production et la consommation locale, notamment à travers la promotion du Made in Cameroon, une politique qui s'inscrit dans une dynamique plus large de valorisation de la production nationale face aux importations.

Toutefois, pour que les consommateurs se tournent davantage vers les marques locales, il ne suffit pas de promouvoir un label ou une origine nationale. Il faut également proposer des produits de qualité, accessibles financièrement, bien présentés et facilement disponibles sur l'ensemble du territoire, tout en renforçant simultanément la confiance des consommateurs envers ces produits.

Cette exigence combinée mérite d'être analysée à la lumière de l'écart déjà considérable observé entre les 55,8 milliards de francs CFA d'importations enregistrées en 2025 et le chiffre d'affaires global de 170 millions d'euros estimé pour l'ensemble du marché camerounais des cosmétiques en 2023. Cet écart suggère qu'une part significative de la demande nationale continue de se porter vers l'offre importée, ce qui laisse penser que les marques locales, malgré leur multiplication, ne parviennent pas encore à capter une proportion suffisante de ce marché pourtant qualifié de troisième plus important d'Afrique subsaharienne francophone.

Par ailleurs, la progression de 66 % des importations de parfums et de produits de beauté en trois ans invite à s'interroger sur le rythme respectif de croissance entre l'offre locale et la demande importée. Si cette dernière continue de croître plus rapidement que la capacité de production et de distribution des fabricants camerounais, l'écart entre les deux circuits risquerait de se creuser davantage, rendant d'autant plus difficile pour les marques locales de rattraper leur retard face à des concurrents étrangers déjà solidement implantés sur le marché camerounais.

Les initiatives lancées en 2024 pour améliorer le packaging, l'étiquetage et les codes-barres des produits Made in Cameroon constituent, à cet égard, un premier pas dans la bonne direction, mais leur portée réelle dépendra de leur capacité à toucher l'ensemble des fabricants locaux, y compris les plus petites structures qui composent vraisemblablement une part importante du tissu productif camerounais dans ce secteur. Une amélioration de la présentation limitée à quelques acteurs déjà bien établis ne suffirait probablement pas à modifier significativement la perception globale des consommateurs à l'égard de l'ensemble de l'offre locale.

Dès lors, la capacité du Made in Cameroon à inverser durablement la tendance actuelle dépendra de la combinaison de plusieurs leviers agissant simultanément, à savoir la réduction des coûts de production liés à la disponibilité locale des emballages, l'amélioration continue de la présentation des produits, le renforcement des mécanismes de lutte contre la contrebande et la contrefaçon, ainsi que le soutien gouvernemental déjà engagé à travers la promotion de la production et de la consommation locale. C'est la conjonction de ces différents facteurs, plutôt que l'action isolée de l'un d'entre eux, qui déterminera la place que les marques camerounaises parviendront à occuper face aux produits importés dans les années à venir.

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