La traçabilité de l'or et les recettes fiscales en jeu au Cameroun
Domains: Sécurité économique
Regions: Afrique centrale
Nations: Cameroun

Selon le rapport du Ministère des Mines, le Cameroun a officiellement déclaré environ 1,9 tonne d'or exportée entre 2021 et 2025. Sur la même période, les pays importateurs déclarent pourtant avoir reçu plus de 46 tonnes d'or camerounais, soit un écart supérieur à 44 tonnes entre les statistiques nationales et celles des partenaires commerciaux. Un tel écart entre statistiques d'exportateur et d'importateur n'est pas en soi inhabituel, les marchandises pouvant transiter par un pays tiers, être enregistrées à des dates différentes ou comptabilisées selon des méthodologies distinctes. Dans le cas camerounais, cependant, l'ampleur de l'écart dépasse largement ce que ces facteurs techniques permettraient d'expliquer à eux seuls.
Pour les autorités, cet écart trouve son origine dans des exploitations aurifères non déclarées, dans des difficultés persistantes de traçabilité de la production et, surtout, dans une contrebande qui fait sortir l'or du territoire national en dehors de tout cadre légal. La valeur des exportations non déclarées est estimée à 1 941 milliards de FCFA, tandis que les pertes fiscales correspondantes sont évaluées à 577 milliards de FCFA.

L'enjeu le plus immédiat est budgétaire. Lorsque des exportations échappent aux statistiques officielles, l'État perçoit mécaniquement moins de recettes fiscales et douanières, tout en perdant une vision fiable de la contribution réelle du secteur minier à l'économie nationale. Avec 577 milliards de FCFA de pertes fiscales estimées sur la seule période 2021-2025, le manque à gagner représente un montant significatif au regard des marges de manœuvre budgétaires habituelles de l'État camerounais.
S'y ajoute un enjeu de gouvernance du secteur extractif. Un écart de cette ampleur entre production déclarée et flux réels révèle des failles dans le dispositif de contrôle en amont de l'exportation, depuis les sites d'extraction jusqu'aux points de sortie du territoire. Il pose également la question de la capacité de l'administration à identifier les opérateurs, personnes physiques ou morales, impliqués dans ces flux non déclarés, aussi bien à l'intérieur du pays qu'à l'étranger, notamment vers les Émirats arabes unis, identifiés comme la principale destination de cet or.
Enfin, se dessine un enjeu de crédibilité statistique et diplomatique. La confrontation des données camerounaises avec celles des pays importateurs illustre combien la fiabilité des chiffres nationaux dépend désormais d'une coopération internationale, seule capable de révéler l'ampleur réelle d'un phénomène que les statistiques domestiques ne permettaient pas, à elles seules, de mesurer.

L'écart de plus de 44 tonnes entre l'or officiellement déclaré à l'exportation et l'or effectivement reçu par les pays importateurs traduit, davantage qu'une simple divergence statistique, une défaillance structurelle du dispositif national de traçabilité minière. Le rapport entre les deux volumes, où les exportations réelles apparaissent plus de vingt fois supérieures aux déclarations officielles, suggère que la contrebande ne constitue pas un phénomène marginal, mais bien le principal canal de commercialisation de l'or camerounais sur la période observée.
La réponse engagée par l'État se déploie sur deux fronts complémentaires. En interne, le lancement, à compter du 1er août 2026, de contrôles conjoints menés par la SONAMINES, la Direction générale des impôts et la Direction générale des douanes vise un objectif de récupération de 300 milliards de FCFA à court terme, soit un peu plus de la moitié des pertes fiscales estimées sur la période 2021-2025. À l'international, la coopération engagée avec les Émirats arabes unis pour identifier les exportateurs vers Dubaï entre 2023 et 2026 ouvre la perspective d'un recouvrement additionnel estimé à plusieurs centaines de milliards de FCFA, sans qu'un montant précis ne soit encore arrêté.
Le choix de prélever désormais les taxes directement à la source, sur les sites miniers eux-mêmes, plutôt qu'au moment de l'exportation, constitue le changement le plus structurant de ce dispositif. En rapprochant le point de taxation du point d'extraction, l'État réduit mécaniquement les possibilités de dissimulation ultérieure de la production, ce qui distingue cette réforme d'un simple exercice de redressement fiscal ponctuel pour en faire une refonte durable du mode de collecte des recettes minières.
Au-delà des montants en jeu, cet épisode interroge la capacité du Cameroun à transformer une ressource naturelle en recette publique effective. La question posée dépasse ainsi le seul cas de l'or et concerne plus largement l'ensemble du secteur extractif, où la fiabilité de la chaîne de traçabilité conditionne directement la part des ressources naturelles qui contribue réellement au budget de l'État plutôt qu'à des circuits d'exportation informels.

La réussite de cette démarche de redressement dépendra largement de la capacité des équipes mixtes déployées à partir du 1er août 2026 à atteindre l'objectif de 300 milliards de FCFA fixé à court terme, premier indicateur tangible de l'efficacité du nouveau dispositif de contrôle. Le résultat de la coopération avec les Émirats arabes unis constituera un second indicateur déterminant, dans la mesure où il conditionne la capacité de l'État à agir au-delà de ses propres frontières pour recouvrer des recettes liées à des flux déjà sortis du territoire national.
À plus long terme, l'efficacité du prélèvement à la source sur les sites miniers déterminera si cet épisode constitue un point d'inflexion durable dans la gouvernance du secteur extractif camerounais ou s'il demeure un simple rattrapage ponctuel, sans effet structurel sur la persistance de la contrebande aurifère.

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