La cybercriminalité assistée par intelligence artificielle comme défi sécuritaire émergent
Domains: Cybersécurité & cyberdéfense
Regions: Afrique centrale
Nations: Cameroun

Plus d'un pays africain sur deux affirme désormais que les cybercriminels utilisent l'intelligence artificielle pour mener leurs attaques. Selon le dernier rapport d'Interpol, cette technologie est impliquée dans 55 % des cybercrimes signalés sur le continent, un chiffre qui témoigne de la vitesse à laquelle cette évolution s'est imposée dans le paysage sécuritaire africain. Il convient toutefois de préciser que l'intelligence artificielle n'a pas créé la cybercriminalité en tant que telle. Elle permet en revanche aux cybercriminels d'être considérablement plus rapides, plus crédibles et plus difficiles à détecter que par le passé.

Concrètement, cette technologie est aujourd'hui utilisée pour rédiger des messages de phishing quasiment parfaits, créer de faux profils sur les réseaux sociaux, générer de fausses voix, produire des vidéos truquées appelées deepfakes, ou encore automatiser des escroqueries visant plusieurs milliers de victimes en quelques minutes seulement. Selon Interpol, ces outils rendent ainsi les fraudes plus sophistiquées et permettent aux criminels d'opérer à une échelle jamais atteinte auparavant, ce qui distingue nettement cette nouvelle génération d'attaques des formes plus artisanales de cybercriminalité observées précédemment.

Le rapport révèle par ailleurs que les escroqueries en ligne demeurent la forme de criminalité la plus répandue sur le continent africain. Or, les criminels combinent de plus en plus l'intelligence artificielle avec les réseaux sociaux, les plateformes numériques et les services de Mobile Money afin de cibler leurs victimes avec davantage de précision. Cette convergence d'outils explique en grande partie l'ampleur des pertes financières enregistrées, celles-ci ayant plus que doublé en une seule année, passant de 192 millions de dollars en 2024 à 484 millions de dollars en 2025.

Le Cameroun n'échappe naturellement pas à cette dynamique continentale. Avec l'utilisation massive de WhatsApp, Facebook, Instagram, TikTok, des applications bancaires et du Mobile Money, les internautes camerounais se trouvent ainsi exposés aux mêmes formes d'escroquerie que celles observées ailleurs sur le continent. Un exemple concret permet d'illustrer cette vulnérabilité : recevoir un appel vidéo d'un proche demandant de l'argent en urgence, où l'on reconnaît son visage et sa voix, ne garantit désormais plus l'authenticité de l'interlocuteur, puisqu'il pourrait s'agir d'un deepfake généré par intelligence artificielle.

Face à cette évolution, Interpol souligne que les capacités des cybercriminels progressent plus rapidement que celles de nombreux États africains chargés de les combattre. Les forces de l'ordre sont en effet confrontées à un manque de ressources, de formations spécialisées et d'outils techniques adaptés, alors même que les attaques deviennent simultanément plus complexes sur le plan technique et de plus en plus transfrontalières dans leur mode opératoire. Cet écart croissant entre la sophistication des attaques et les moyens de riposte disponibles constitue précisément ce qu'Interpol qualifie de défi majeur pour les services de lutte contre la cybercriminalité sur le continent.

Cette asymétrie mérite d'être analysée avec attention, car elle ne se limite pas à une simple question de moyens budgétaires. Le caractère transfrontalier des attaques, combiné à l'utilisation d'outils d'intelligence artificielle facilement accessibles, complique en effet la localisation des auteurs et le partage rapide d'informations entre les services de sécurité de différents pays. Ainsi, une coopération régionale renforcée entre les États africains, incluant le Cameroun, apparaît comme une condition nécessaire pour compenser l'insuffisance des moyens nationaux pris isolément.

Pour le Cameroun spécifiquement, l'ampleur de l'usage des services numériques et financiers mobiles au sein de la population constitue à la fois un facteur de vulnérabilité et un terrain d'action prioritaire. Dès lors que les canaux de communication les plus utilisés au quotidien, à savoir les réseaux sociaux et les applications de messagerie, sont également ceux exploités par les cybercriminels assistés par intelligence artificielle, la sensibilisation du grand public aux techniques de deepfake et de phishing sophistiqué devient un complément indispensable au renforcement des capacités techniques et humaines des forces de l'ordre.

En outre, la généralisation du Mobile Money comme moyen de paiement courant ajoute une dimension financière directe à cette vulnérabilité numérique. Contrairement aux escroqueries classiques, qui reposaient souvent sur des transferts bancaires plus facilement traçables, les transactions via Mobile Money combinées à des techniques d'usurpation d'identité assistées par intelligence artificielle permettent aux criminels d'agir avec davantage de rapidité, ce qui réduit d'autant la fenêtre d'intervention dont disposent les victimes ou les services compétents pour bloquer une transaction frauduleuse avant qu'elle ne soit finalisée.

Le doublement des pertes financières observé à l'échelle continentale entre 2024 et 2025 constitue à cet égard un indicateur avancé pour le Cameroun, dans la mesure où l'exposition du pays aux mêmes plateformes numériques et aux mêmes outils d'intelligence artificielle laisse penser que cette trajectoire haussière pourrait se refléter, dans des proportions comparables, au niveau national si aucune mesure de prévention et de renforcement des capacités n'est engagée en amont.

En définitive, pour Interpol, l'intelligence artificielle ne doit donc pas être appréhendée comme une simple innovation technologique parmi d'autres, mais bien comme un accélérateur structurel de la cybercriminalité à l'échelle du continent. Cette lecture invite le Cameroun à considérer la lutte contre la cybercriminalité assistée par intelligence artificielle non plus comme un enjeu technique secondaire, mais comme une composante à part entière de sa politique de sécurité intérieure, au même titre que les autres menaces sécuritaires auxquelles le pays doit faire face.

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