Certains chiffres viennent effectivement confirmer cette évolution. L'exemple du maïs est particulièrement parlant à cet égard. En 2024, le Cameroun avait importé plus de 81 000 tonnes de maïs pour une facture dépassant 11 milliards de francs CFA, alors qu'en 2025, ces importations sont descendues à 72 586 tonnes pour une dépense ramenée à 10,2 milliards de francs CFA. Cette évolution traduit donc une baisse simultanée des volumes importés et de la dépense consacrée à ces importations, ce qui constitue un premier indicateur cohérent avec l'objectif de réduction de la dépendance alimentaire poursuivi par les autorités.
Toutefois, importer moins ne signifie pas encore que le Cameroun produit suffisamment pour se passer des produits étrangers. En effet, le problème ne se limite pas à la seule quantité produite au niveau national. Il faut également que la production locale soit disponible au bon moment, au bon endroit, en quantité suffisante et surtout à un prix compétitif pour les industriels et les transformateurs qui en dépendent. Autrement dit, la baisse des importations peut résulter aussi bien d'une amélioration réelle de l'offre locale que d'une contrainte ponctuelle exercée sur les circuits d'importation, ce qui invite à examiner de plus près les mécanismes ayant conduit à cette évolution.
C'est précisément à ce défi que le gouvernement tente actuellement de répondre. En mai 2026, les autorités ont ainsi décidé de suspendre les importations de maïs, afin de permettre aux producteurs locaux d'écouler leurs stocks disponibles. L'objectif poursuivi est de faire en sorte que les entreprises utilisant cette matière première se tournent davantage vers la production camerounaise plutôt que vers les circuits d'importation habituels. Cette mesure de suspension illustre ainsi un mécanisme d'incitation administrative venant compléter, voire précéder, une éventuelle amélioration structurelle de l'offre locale.
Cette logique dépasse par ailleurs largement le seul cas du maïs, puisque le Cameroun cherche depuis plusieurs années à développer une politique plus globale d'import-substitution. Or, pour qu'une telle stratégie fonctionne durablement, il ne suffit pas de restreindre temporairement les importations. Il faut surtout produire davantage, transformer localement les matières premières agricoles et rendre les produits camerounais suffisamment compétitifs pour s'imposer face aux produits étrangers, y compris en l'absence de mesures de suspension temporaire des importations.
Dès lors, la suspension des importations de maïs décidée en mai 2026 doit être comprise comme un levier conjoncturel plutôt que comme la preuve d'une transformation structurelle achevée de la filière. Une telle mesure peut certes accélérer l'écoulement des stocks locaux et encourager les industriels à se tourner vers la production nationale, mais elle ne garantit pas, à elle seule, que l'offre camerounaise sera en mesure de répondre durablement à la demande une fois la suspension levée, ni qu'elle pourra rivaliser en compétitivité avec les produits importés dans un contexte de marché ouvert.
C'est donc là que se situe le véritable enjeu de cette évolution. Les 11 milliards de francs CFA de baisse de la facture d'importation constituent un signal encourageant, cohérent avec l'ambition d'import-substitution poursuivie par le Cameroun, mais ils ne permettent pas, à eux seuls, de conclure que le pays a durablement gagné la bataille contre sa dépendance alimentaire.
En outre, la baisse conjointe des volumes et de la facture observée sur le maïs entre 2024 et 2025 mérite d'être interprétée avec prudence, dans la mesure où elle précède de plusieurs mois la décision de suspension des importations prise en mai 2026. Autrement dit, cette évolution favorable observée dès 2025 ne peut être attribuée à la seule mesure administrative récente, ce qui suggère qu'une dynamique de substitution progressive était déjà à l'œuvre avant même l'intervention plus directe des pouvoirs publics sur les circuits d'importation.
Cette antériorité invite par ailleurs à s'interroger sur la pérennité du mécanisme observé une fois la suspension des importations levée. Si la baisse enregistrée en 2025 reflète effectivement une amélioration structurelle de l'offre locale, alors la suspension de mai 2026 ne ferait qu'accompagner et amplifier une tendance déjà engagée. En revanche, si cette baisse tient principalement à des facteurs conjoncturels, tels que des variations de prix sur les marchés internationaux ou des ajustements ponctuels de la demande industrielle, la suspension actuelle des importations pourrait alors masquer temporairement une dépendance qui resurgirait dès la levée de cette mesure.
Cette distinction entre dynamique structurelle et effet conjoncturel constitue précisément l'un des enjeux majeurs que devront trancher les prochaines statistiques d'importation, une fois la suspension du maïs levée. Si les volumes importés repartent alors nettement à la hausse, cela confirmerait que l'offre locale ne parvient toujours pas à couvrir la demande industrielle de manière autonome, ce qui relativiserait la portée de la baisse de facture enregistrée jusqu'ici. À l'inverse, un maintien de niveaux d'importation bas après la levée de la suspension constituerait un indicateur plus solide d'une transformation durable de la filière.
Cette évolution ne pourra donc être confirmée dans la durée que si elle s'accompagne d'une hausse structurelle et pérenne de la production locale, d'un renforcement des capacités de transformation et d'une amélioration continue de la compétitivité des produits camerounais, au-delà des mesures ponctuelles de restriction des importations. C'est à cette seule condition que la baisse de 11 milliards de francs CFA observée sur la facture alimentaire pourra être interprétée comme le signe d'un recul durable de la dépendance du Cameroun aux produits étrangers, plutôt que comme un effet temporaire lié à une conjoncture ou à une mesure administrative ponctuelle.
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