Le recouvrement fiscal comme levier sous-exploité des finances publiques au Cameroun
Domains: Sécurité économique
Regions: Afrique centrale
Nations: Cameroun

L'État camerounais doit récupérer plus de 418 milliards de francs CFA d'impôts accumulés entre 2022 et 2025. Ce montant est particulièrement significatif, surtout à un moment où le pays cherche activement de nouvelles ressources pour financer son développement. En effet, l'État a besoin de moyens financiers pour mener à bien ses projets, mais une partie des impôts qui devraient normalement alimenter ses caisses n'est toujours pas effectivement récupérée.

Pour mesurer l'ampleur de cet enjeu, il convient de le rapporter au budget national. En 2026, le budget de l'État camerounais s'élève en effet à plus de 8 000 milliards de francs CFA, dont plus de 2 000 milliards sont spécifiquement prévus pour les investissements publics dans des secteurs tels que les routes, l'énergie, l'agriculture ou encore l'industrie. Ainsi, les 418 milliards de francs CFA d'impôts non recouvrés représentent une somme suffisamment importante pour peser significativement sur la capacité de financement de ces priorités d'investissement.

Or, dans le même temps, le Cameroun doit continuer à trouver des financements complémentaires pour couvrir l'ensemble de ses besoins budgétaires. Le gouvernement prévoit ainsi de recourir à des emprunts sur le marché régional, au financement bancaire intérieur, ainsi qu'à un nouvel emprunt extérieur. Cette combinaison de sources de financement illustre à quel point le déficit de recouvrement fiscal contraint l'État à multiplier les instruments d'emprunt, alors même que ceux-ci comportent leurs propres limites et leurs propres risques.

En effet, lorsque les recettes fiscales rentrent moins bien que prévu, l'État doit nécessairement trouver d'autres moyens pour financer ses dépenses, ce qui se traduit concrètement par un recours accru à l'emprunt. Or, le Fonds monétaire international estime toujours que le Cameroun présente un risque élevé de surendettement et fait face à des pressions importantes sur son financement à court terme. Cette conjonction entre un déficit persistant de recouvrement fiscal et une marge d'endettement déjà contrainte accentue par conséquent la vulnérabilité budgétaire du pays.

Dès lors, la question qui se pose ne se limite pas à savoir pourquoi les Camerounais et les entreprises doivent s'acquitter de leurs impôts. Elle porte également, et peut-être surtout, sur les moyens à mettre en œuvre pour que les impôts déjà légalement dus parviennent effectivement dans les caisses de l'État. Car récupérer davantage d'impôts reviendrait à donner à l'État des moyens supplémentaires pour financer ses routes, ses hôpitaux, ses écoles, ses infrastructures énergétiques ou encore ses projets agricoles, sans avoir à recourir systématiquement à de nouveaux emprunts.

Toutefois, l'analyse de la situation fiscale camerounaise ne peut se limiter à la seule question du recouvrement des impôts déjà dus. Il faut en effet également considérer l'autre versant du problème, à savoir les recettes auxquelles l'État choisit lui-même de renoncer. En 2023, l'État camerounais a ainsi accordé 449,4 milliards de francs CFA de dépenses fiscales, c'est-à-dire des recettes potentielles auxquelles il renonce volontairement, notamment à travers des exonérations, des déductions ou d'autres avantages fiscaux accordés à certains acteurs économiques.

Ce chiffre de 449,4 milliards de francs CFA, comparé aux 418 milliards d'impôts non recouvrés entre 2022 et 2025, révèle une réalité budgétaire à double face. D'un côté, l'État peine à récupérer des sommes qui lui sont pourtant légalement dues, tandis que de l'autre, il renonce volontairement à des montants comparables au nom de choix de politique économique. Cette juxtaposition invite ainsi à examiner conjointement l'efficacité du recouvrement fiscal et la pertinence des dépenses fiscales accordées, plutôt que de traiter ces deux dimensions de manière séparée, dans la mesure où elles pèsent toutes deux sur la même contrainte budgétaire globale à laquelle l'État camerounais doit faire face.

Par ailleurs, la proximité entre ces deux montants, l'un lié à un déficit de recouvrement et l'autre à un choix délibéré de politique fiscale, mérite d'être interprétée avec prudence plutôt que comme une simple coïncidence comptable. En effet, ces deux masses financières ne répondent pas à la même logique d'action publique. Le recouvrement des 418 milliards de francs CFA d'impôts accumulés relève avant tout d'un enjeu d'administration fiscale, où le renforcement des capacités de contrôle et de suivi des contribuables constitue le principal levier d'amélioration. À l'inverse, les 449,4 milliards de francs CFA de dépenses fiscales résultent de décisions politiques assumées, dont la remise en cause suppose un arbitrage explicite entre recettes immédiates pour l'État et objectifs économiques poursuivis à travers ces exonérations.

Cette distinction est d'autant plus importante que les deux leviers n'appellent pas nécessairement les mêmes réponses. Améliorer le recouvrement des impôts déjà dus peut, en principe, se faire sans modifier le cadre fiscal existant, par un renforcement des moyens humains et techniques de l'administration fiscale, ainsi que par une meilleure identification des contribuables défaillants. En revanche, une révision des dépenses fiscales suppose un réexamen plus large des avantages accordés à certains secteurs ou acteurs économiques, avec le risque que leur suppression ou leur réduction affecte des objectifs par ailleurs poursuivis, tels que l'attractivité de certains investissements ou le soutien à des filières jugées prioritaires.

Dans ce contexte, la trajectoire budgétaire du Cameroun dans les prochaines années dépendra largement de la capacité de l'État à mobiliser simultanément ces deux leviers, sans les opposer artificiellement. Un renforcement du recouvrement fiscal, combiné à un réexamen ciblé des dépenses fiscales les moins justifiées économiquement, permettrait ainsi de dégager des marges de manœuvre budgétaires substantielles, réduisant d'autant la dépendance du pays aux nouveaux emprunts extérieurs et intérieurs déjà annoncés pour combler les besoins de financement identifiés dans le budget 2026.

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