Le recensement général de la population face à ses retards successifs au Cameroun
Domains: Sécurité sociétale et politique
Regions: Afrique centrale
Nations: Cameroun

Le gouvernement camerounais a annoncé une nouvelle prolongation du recensement général de la population et de l'habitat, désormais reporté au 15 septembre 2026. Il s'agit de la deuxième prolongation en quelques mois, les opérations de terrain, débutées le 24 avril, devant initialement s'achever fin mai avant un premier report au 31 juillet 2026. Ce recensement constitue le quatrième du genre organisé au Cameroun, plus de vingt ans après le précédent exercice réalisé en 2005.
Officiellement, ce nouveau délai vise à renforcer la couverture des ménages, des personnes et des exploitations agricoles afin de garantir un dénombrement aussi exhaustif que possible sur l'ensemble du territoire. Des agents seront redéployés dans les localités où la couverture demeure incomplète, notamment dans les zones difficiles d'accès ou confrontées à des contraintes logistiques et sécuritaires. Selon la Commission nationale du recensement, seulement 60,4 % de la population avait été recensée depuis le lancement des opérations, un taux qui illustre l'ampleur du travail restant à accomplir malgré les prolongations déjà accordées.

L'enjeu le plus fondamental que soulève ce recensement dépasse la simple opération de comptage. Un recensement général permet à l'État de connaître avec précision le nombre d'habitants présents sur son territoire, leur localisation et leurs conditions de vie, des données indispensables pour planifier la construction d'écoles, d'hôpitaux, de routes et, plus largement, pour orienter les politiques de développement national. L'écart de plus de vingt ans avec le précédent recensement de 2005 rend cet enjeu d'autant plus pressant, le Cameroun ayant connu depuis une forte croissance démographique, une urbanisation accélérée et des déplacements de population liés aux crises sécuritaires.
L'enjeu budgétaire occupe également une place importante dans ce dossier. Le budget initial de l'opération, fixé à 13,3 milliards de FCFA, a dû être complété par 6 milliards de FCFA supplémentaires face aux retards et aux difficultés rencontrées sur le terrain, portant le budget total à 19,3 milliards de FCFA. Cette révision budgétaire interroge directement l'adéquation entre les moyens initialement mobilisés et l'ampleur réelle des besoins logistiques et humains d'une opération de cette envergure.
Un enjeu opérationnel se dessine enfin à travers la diversité des obstacles rencontrés sur le terrain. Les retards de paiement des agents recenseurs, la faible adhésion de certains ménages, les difficultés logistiques ainsi que les contraintes linguistiques et sécuritaires ont continué de ralentir les opérations, malgré l'effort financier supplémentaire consenti par l'État.

Le taux de couverture de 60,4 % constaté par la Commission nationale du recensement, plusieurs mois après le lancement des opérations et malgré une première prolongation, indique que les difficultés rencontrées ne relèvent pas d'un simple ajustement de calendrier, mais de contraintes structurelles plus profondes. La multiplication des facteurs de ralentissement identifiés — retards de paiement des agents, faible adhésion des ménages, difficultés logistiques et contraintes sécuritaires — suggère que le problème se situe simultanément à plusieurs niveaux de la chaîne opérationnelle, depuis la mobilisation du personnel jusqu'à l'accès effectif aux populations concernées.
L'augmentation du budget de 13,3 à 19,3 milliards de FCFA, soit une hausse de près de 45 %, montre que l'estimation initiale des besoins financiers avait sous-évalué l'ampleur réelle de l'opération. Cette révision budgétaire, intervenue en cours d'exercice plutôt qu'en amont du lancement, a pu elle-même contribuer aux retards observés, notamment à travers les difficultés de paiement des agents recenseurs mentionnées parmi les facteurs de ralentissement.
Le choix de prolonger l'opération plutôt que de la clôturer avec un taux de couverture incomplet traduit une priorité donnée à l'exhaustivité des données sur le respect du calendrier initial. Ce choix se justifie par la nature même des données recherchées : un recensement partiel risquerait de produire une image déformée de la répartition réelle de la population, en particulier dans les zones difficiles d'accès où la sous-couverture est vraisemblablement la plus marquée.
Le délai de plus de vingt ans écoulé depuis le recensement de 2005 accentue la pression sur la réussite de cet exercice. Les transformations démographiques et sociales survenues depuis — urbanisation accélérée, déplacements liés aux crises sécuritaires et nouveaux défis économiques — rendent les données actuelles largement obsolètes pour la planification des politiques publiques, ce qui renforce l'importance d'aboutir à un recensement aussi complet que possible plutôt que de reproduire un exercice incomplet.

L'échéance du 15 septembre 2026 constituera un test déterminant pour évaluer si le redéploiement des agents dans les zones sous-couvertes permet de combler l'écart significatif qui subsiste après le franchissement du seuil de 60,4 % de couverture. Un nouveau report au-delà de cette date interrogerait plus directement la capacité opérationnelle du dispositif à surmonter les obstacles structurels identifiés depuis le lancement des opérations en avril 2026.
Au-delà de l'achèvement du dénombrement, la valeur de ce recensement se mesurera à la qualité et à l'actualité des données produites, appelées à orienter les politiques publiques camerounaises pour les années à venir. Le suivi de la résolution des difficultés de paiement des agents recenseurs et de l'adhésion des ménages dans les zones les plus en retard constituera un indicateur utile pour anticiper si le nouveau délai accordé suffira à porter l'opération à son terme.

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