Bafoussam, le rachat des déchets plastiques comme filière économique
Domains: Sécurité environnementale
Regions: Afrique centrale
Nations: Cameroun

Depuis le 27 février 2026, la Communauté urbaine de Bafoussam rachète les déchets plastiques collectés par les habitants au tarif de 60 FCFA le kilogramme. Les points de collecte, ouverts de 8h à 16h, permettent à toute personne d'apporter sachets, bouteilles et emballages en échange d'un paiement immédiat. Cette initiative municipale s'inscrit dans un contexte national marqué par une production annuelle estimée à 600 000 tonnes de déchets plastiques, soit environ 10 % de l'ensemble des ordures municipales du pays.
La mesure ne se limite pas à un simple rachat ponctuel. La municipalité affiche l'ambition de structurer une filière locale complète, intégrant la collecte, la fixation du prix, le transport et le recyclage. Des formations pratiques de dix jours ont été instaurées pour accompagner les acteurs de cette filière naissante, et des opérations dites « ville sans déchets » ont déjà permis de collecter plus de 45 000 tonnes de déchets.
À cet égard, les enjeux sont multiples. Sur le plan environnemental, les plastiques mettent jusqu'à 400 ans à se dégrader et finissent majoritairement dans les décharges sauvages, les rivières et les rues, aggravant l'obstruction des canaux de drainage et l'ampleur des inondations en saison des pluies. Au niveau sanitaire et halieutique, l'invasion des zones de pêche par les déchets plastiques et la pollution des cours d'eau, à l'image du fleuve Wouri à Douala, classé parmi les plus pollués d'Afrique, fragilisent des écosystèmes déjà sous tension.
À l’échelle économique et sociale, la valorisation du déchet en ressource crée un revenu réel pour les ramasseurs formels, dans un secteur informel où l'incitation financière directe reste un levier mobilisateur efficace. Dans le domaine de la gouvernance locale : la Communauté urbaine se positionne comme opérateur économique et non plus seulement régulateur, ce qui interroge la pérennité budgétaire du dispositif et sa capacité de montée en charge.
De cette manière, le choix de Bafoussam illustre une bascule de logique : celle du traitement curatif du déchet vers une logique incitative fondée sur la valeur marchande de la matière recyclable. En fixant un prix de rachat visible et régulier, la municipalité crée un signal économique clair qui rend rationnel, pour les ménages comme pour les ramasseurs informels, l'effort de collecte plutôt que l'abandon dans la nature.
Par ailleurs, le potentiel économique dépasse la seule collecte. Certaines entreprises camerounaises rachètent déjà des plastiques triés jusqu'à 250 FCFA le kilogramme pour les transformer en matière première industrielle, soit plus de quatre fois le tarif payé par la municipalité aux collecteurs. Cet écart de prix constitue à la fois une marge de structuration de la filière — tri, transport, revente aux industriels — et un risque de captation de la valeur ajoutée par des intermédiaires si la chaîne n'est pas mieux organisée localement.
Par contre, la réussite du dispositif dépendra de trois conditions cumulatives : la pérennité du financement municipal du rachat, la capacité des formations de dix jours à professionnaliser durablement les acteurs de la collecte, et l'existence de débouchés industriels stables et suffisamment proches pour limiter les coûts de transport. À défaut, l'initiative resterait un mécanisme ponctuel plutôt qu'une filière économique consolidée.
Sur le plan régional, cette expérience s'inscrit dans un mouvement plus large de recherche de solutions locales à la gestion des déchets en Afrique centrale, où les capacités de traitement industriel demeurent largement insuffisantes au regard des volumes produits. Bafoussam pourrait ainsi devenir un cas de référence, positif ou négatif, pour d'autres communautés urbaines camerounaises confrontées aux mêmes contraintes.
En termes de perspectives, il serait utile de :
Suivre l'évolution du volume collecté et du coût net supporté par la Communauté urbaine, afin d'évaluer la soutenabilité budgétaire du rachat à moyen terme.
Documenter les partenariats effectifs avec les entreprises de recyclage industriel, condition nécessaire à la transformation de la collecte en filière économique complète.
Observer la réplicabilité du modèle dans d'autres villes camerounaises, notamment celles confrontées à une pollution fluviale comparable à celle du Wouri à Douala.
Intégrer cette dynamique dans une lecture plus large des politiques d'économie circulaire en Afrique subsaharienne, en lien avec les enjeux d'inondation urbaine et de gestion des eaux pluviales.

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