La filière bananière camerounaise a signé en juillet 2026 l'une de ses plus belles performances de l'année, les exportations ayant bondi de 34,1 % en un an pour atteindre plus de 20 500 tonnes. Concrètement, le Cameroun a exporté 20 577 tonnes de bananes ce mois-là, contre un peu plus de 15 000 tonnes un an plus tôt, une performance qui intervient d'ailleurs après un mois de juin marqué par un recul des exportations. Autrement dit, la filière est parvenue à inverser rapidement une tendance baissière récente pour renouer avec une dynamique de croissance soutenue.
Derrière cette remontée globale se cache cependant une réalité plus précise, celle des performances de certains producteurs en particulier. Le principal moteur de cette reprise est en effet la Société des Plantations du Haut Penja, qui demeure largement en tête des producteurs camerounais. À elle seule, cette entreprise a exporté plus de 13 500 tonnes en juillet, soit une progression de 33 % sur un an, ce qui en fait le principal contributeur à la hausse globale des exportations enregistrée sur la période.
Une autre entreprise attire par ailleurs particulièrement l'attention, la Compagnie de Bananes de Mondoni, dont les exportations ont quasiment doublé en un an, avec une progression de 96,6 % lui permettant de dépasser les 3 300 tonnes en juillet. Or, ces deux entreprises appartiennent en réalité au même propriétaire, le groupe français Compagnie Fruitière, basé à Marseille, ce qui signifie qu'à elles seules, elles concentrent 82 % des exportations camerounaises du mois de juillet, traduisant ainsi une forte dépendance de la filière à un seul groupe industriel.
Cette montée en puissance du groupe s'explique en partie par une opération menée en octobre 2025, lorsque la Compagnie Fruitière a acheté les actifs agricoles de Boh Plantations, jusqu'alors quatrième opérateur du secteur. Cette acquisition a mécaniquement renforcé la part de marché du groupe français, ce qui signifie que la progression spectaculaire observée en juillet 2026, en particulier pour la Compagnie de Bananes de Mondoni, résulte au moins en partie d'une recomposition du paysage industriel plutôt que d'une croissance organique isolée de la production existante.
À l'inverse, la Cameroon Development Corporation, unique opérateur public de la filière, peine à suivre la même dynamique de croissance. Ses volumes progressent certes, mais restent freinés par la crise sociopolitique qui touche les régions anglophones depuis 2016, régions où sont situées plusieurs de ses plantations. Cette situation illustre ainsi un contraste marqué entre un secteur privé concentré autour d'un groupe international en pleine expansion et un opérateur public dont le développement demeure structurellement contraint par un contexte sécuritaire local persistant.
Sur les six premiers mois de 2026, le Cameroun avait déjà exporté 122 001 tonnes de bananes, contre 103 564 tonnes sur la même période en 2025, soit une progression de près de 18 %. Cette dynamique cumulée confirme ainsi que la performance de juillet ne constitue pas un simple rebond ponctuel isolé, mais s'inscrit dans une tendance de croissance déjà amorcée depuis le début de l'année, permettant au pays de retrouver un niveau d'exportation supérieur à celui enregistré au cours des mois précédents.
Cette progression d'ensemble ne doit cependant pas occulter la question de la concentration croissante de la filière autour d'un seul groupe industriel.
Avec 82 % des exportations du mois de juillet concentrées entre les mains de la Compagnie Fruitière, à travers ses deux filiales camerounaises, la filière bananière apparaît de plus en plus dépendante des choix stratégiques d'un acteur unique. Cette concentration, déjà significative avant l'acquisition des actifs de Boh Plantations en octobre 2025, s'est encore accentuée depuis cette opération, ce qui réduit d'autant le nombre d'opérateurs indépendants capables de peser sur les volumes globaux exportés par le pays.
Cette situation pose la question de la résilience de ce secteur exportateur face à d'éventuelles difficultés futures qui affecteraient spécifiquement ce groupe, qu'il s'agisse de contraintes logistiques, de fluctuations des marchés internationaux du fruit frais, ou de décisions stratégiques prises au niveau du siège marseillais de la Compagnie Fruitière. Dans un scénario où ce groupe ajusterait ses volumes de production pour des raisons propres à sa stratégie globale, l'impact sur les statistiques nationales d'exportation camerounaises serait vraisemblablement immédiat et difficile à compenser par les autres opérateurs du secteur.
Cette dépendance croissante contraste par ailleurs avec la situation de la Cameroon Development Corporation, dont la progression plus modeste s'explique par des contraintes sécuritaires largement indépendantes de sa propre gestion. Ainsi, la filière bananière camerounaise se trouve aujourd'hui partagée entre un pôle privé en forte expansion, porté par un groupe international unique, et un pôle public freiné par un contexte sociopolitique local persistant, ce qui interroge la place qui reste effectivement disponible pour une diversification des acteurs dans un marché où les positions dominantes semblent se renforcer d'année en année.
Dès lors, si la performance de juillet 2026 confirme la capacité du Cameroun à retrouver et même dépasser ses niveaux d'exportation antérieurs, elle invite également à surveiller de près l'évolution de cette concentration industrielle, dont le renforcement continu pourrait, à terme, fragiliser la diversité et donc la résilience globale de la filière bananière nationale face aux aléas propres à un seul groupe d'entreprises.
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