Désormais, une amende de 25 000 francs CFA sera appliquée à toute personne surprise en train de jeter ses ordures dans la rue à Yaoundé, une mesure annoncée le 1er septembre par le Gouverneur de la région du Centre. Cette annonce n'est cependant pas la première décision prise par le gouvernement contre les ordures dans la capitale, puisque plusieurs mesures avaient déjà été adoptées depuis le début de l'année 2026. En janvier, le Ministre de l'Administration Territoriale avait ainsi demandé le retrait des bacs à ordures installés sur les grandes routes, avant que, dès le 5 juin 2026, une loi n'augmente les amendes contre les dépôts d'ordures sur l'ensemble du territoire national.
Le Ministre de l'Administration Territoriale avait même fixé, dans le cadre de cette loi, une fourchette allant de 5 000 à 75 000 francs CFA, à appliquer par les mairies d'arrondissement selon la gravité des situations constatées. La nouvelle amende de 25 000 francs CFA annoncée en septembre s'inscrit donc dans la continuité de ce cadre déjà établi quelques mois plus tôt, plutôt que de constituer une innovation réglementaire totalement inédite.
Face à cette accumulation de mesures successives, une question se pose naturellement, celle de savoir pourquoi le problème de l'insalubrité continue de persister à Yaoundé malgré ces annonces répétées. Pour y répondre, il convient d'examiner les causes structurelles du phénomène, que les chiffres disponibles permettent d'éclairer. Chaque jour, Yaoundé produit en effet environ 2 500 à 3 000 tonnes de déchets, or seule la moitié de cette quantité est réellement ramassée par les services compétents. Autrement dit, chaque jour, plus de 1 000 tonnes d'ordures restent dans les rues de la capitale, faute de moyens de collecte suffisants.
Cette insuffisance de la collecte trouve elle-même son origine dans un problème financier plus large. Selon des informations récentes, l'État et la mairie de Yaoundé devraient en effet environ 13 milliards de francs CFA aux entreprises chargées du ramassage des ordures. Cette dette accumulée a des conséquences directes et visibles sur le terrain, puisque les camions de collecte ne passent pas régulièrement dans plusieurs quartiers, tandis que le nombre de poubelles publiques disponibles demeure insuffisant, ce qui conduit mécaniquement de nombreux habitants à jeter leurs ordures directement au sol, faute d'alternative pratique à leur disposition.
Cette situation révèle ainsi un décalage manifeste entre la nature des mesures adoptées jusqu'ici et la nature réelle du problème à résoudre. En effet, les décisions prises depuis janvier 2026, qu'il s'agisse du retrait des bacs à ordures sur les grandes routes, du relèvement des amendes en juin, ou de la nouvelle sanction annoncée en septembre, relèvent toutes d'une logique dissuasive visant à sanctionner le comportement individuel des habitants. Or, l'insuffisance de la collecte, elle-même liée à une dette de 13 milliards de francs CFA envers les entreprises prestataires, relève d'une défaillance structurelle du financement du service public de ramassage des ordures, un problème que la seule sanction des particuliers ne permet pas de résoudre.
Cette nouvelle amende s'ajoute donc à une longue liste de mesures prises depuis plusieurs années sans que la situation n'ait véritablement changé jusqu'ici, ce qui invite à s'interroger sur sa capacité à produire un effet différent des dispositifs précédents. Tant que la moitié seulement des déchets produits quotidiennement continuera d'être effectivement collectée, faute de moyens suffisants et en raison des impayés accumulés envers les entreprises de ramassage, il est vraisemblable qu'une partie des ordures continuera de s'accumuler dans les rues de Yaoundé, indépendamment du niveau de l'amende appliquée aux contrevenants identifiés.
Reste ainsi à voir si cette nouvelle sanction parviendra à modifier durablement les comportements individuels, ou si, comme les mesures précédentes, elle se heurtera aux mêmes limites structurelles liées au financement insuffisant de la collecte et à l'irrégularité du passage des camions dans plusieurs quartiers de la capitale.
Cette question renvoie directement à la cohérence d'ensemble de la politique municipale de gestion des déchets. En effet, sanctionner un habitant qui jette ses ordures au sol, alors même que la mairie ne parvient pas à garantir la présence de poubelles publiques en nombre suffisant dans son quartier, revient à faire peser sur l'usager final une responsabilité qui incombe également, pour une part significative, à la défaillance du service public censé organiser la collecte. Cette asymétrie entre l'exigence de comportement imposée aux habitants et la capacité effective de la municipalité à leur offrir les moyens de s'y conformer pourrait ainsi limiter l'acceptabilité sociale de la nouvelle amende, en particulier dans les quartiers où l'irrégularité de la collecte est la plus marquée.
Par ailleurs, la dette de 13 milliards de francs CFA accumulée envers les entreprises de ramassage constitue un obstacle qui ne pourra pas être résolu par le seul produit des amendes collectées auprès des contrevenants, dont le montant global resterait vraisemblablement très inférieur à cette somme. Cela signifie que même une application rigoureuse et généralisée de la nouvelle sanction de 25 000 francs CFA ne suffirait probablement pas, à elle seule, à financer un rattrapage significatif des impayés à l'origine de l'irrégularité du passage des camions de collecte.
Dans ce contexte, l'efficacité de cette nouvelle mesure dépendra vraisemblablement de son articulation avec un effort parallèle de résorption de la dette municipale envers les prestataires de collecte, ainsi que d'un renforcement du nombre de poubelles publiques disponibles dans les quartiers les plus concernés. À défaut d'une telle articulation entre sanction individuelle et amélioration du service public sous-jacent, l'amende annoncée le 1er septembre risquerait de reproduire le sort des mesures précédentes, adoptées depuis janvier 2026 sans parvenir jusqu'ici à inverser durablement la tendance à l'accumulation des ordures dans les rues de Yaoundé, un enjeu que l'argent et les précédentes décisions n'ont, jusqu'à présent, pas suffi à résoudre durablement.
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