Le marché du gaz domestique camerounais a augmenté de 6,2 % seulement cette année. Dans le même temps, Tradex vient de dépasser SCTM et devient le premier distributeur du pays. Malgré cette demande croissante, le Cameroun doit encore importer 60 000 tonnes de gaz de pétrole liquéfié pour approvisionner le marché local, la commission chargée des importations des produits pétroliers ayant lancé un appel d'offres à cet effet afin de sécuriser l'approvisionnement du marché au second semestre de 2026.
Cette nécessité d'importer s'explique directement par le déséquilibre entre une demande en progression constante et une offre locale qui reste insuffisante. Sur les sept premiers mois de 2026, en effet, 132 902 tonnes de GPL ont été mises à la consommation, contre 125 085 tonnes sur la même période en 2025, soit une hausse de 6,2 % qui confirme la dynamique haussière de la consommation nationale de gaz domestique.
Cette hausse se reflète également dans le classement des distributeurs présents sur le marché camerounais. Tradex occupe désormais la première place avec 18 772 tonnes commercialisées, soit 14,12 % du marché, devançant SCTM, qui totalise 17 692 tonnes, soit 13,31 % du marché. TotalEnergies arrive en troisième position, suivi d'Ola Energy. Cette recomposition du classement intervient alors que SCTM rencontre des difficultés d'approvisionnement, entraînant notamment une raréfaction de ses bouteilles de gaz et poussant par conséquent certains consommateurs à se tourner vers d'autres distributeurs mieux approvisionnés.
Ce problème dépasse cependant le seul cas de SCTM et renvoie à une dépendance plus structurelle du pays vis-à-vis des importations de gaz. En 2025, le Cameroun a en effet importé 150 420 tonnes de butane liquéfié pour environ 56,1 milliards de francs CFA. Les 60 000 tonnes actuellement recherchées représentent ainsi près de 40 % des importations totales de 2025, ce qui donne la mesure de l'ampleur du nouvel appel d'offres au regard des volumes habituellement importés par le pays.
Cette dépendance n'est d'ailleurs pas nouvelle. En 2024 déjà, le Cameroun prévoyait d'importer 120 000 tonnes de GPL, alors que la production locale ne couvrait qu'environ 20 % des besoins nationaux. Autrement dit, la grande majorité du gaz consommé par les ménages camerounais continue de provenir de l'étranger, une situation qui expose le pays aux fluctuations des marchés internationaux et aux aléas logistiques associés à l'importation d'un produit énergétique stratégique pour la consommation domestique quotidienne.
Toutefois, le pays dispose du site de Bipaga, dont la production annuelle de GPL est estimée à environ 30 000 tonnes. Cette production locale reste néanmoins largement insuffisante au regard des besoins nationaux, comme en témoigne le nouvel appel d'offres portant sur 60 000 tonnes, soit le double de la capacité annuelle du site de Bipaga à elle seule. Cet écart illustre ainsi concrètement la marge qui sépare la capacité de production actuelle du pays de ses besoins réels de consommation en gaz domestique.
Avec une consommation qui continue de progresser, comme le confirme la hausse de 6,2 % enregistrée sur les sept premiers mois de 2026, la production locale devra suivre un rythme de développement comparable si le Cameroun souhaite réellement réduire sa dépendance au marché international.
Cette exigence de développement de la production locale rejoint directement la recomposition observée dans le classement des distributeurs. En effet, les difficultés d'approvisionnement rencontrées par SCTM, qui ont contribué à sa perte de la première place au profit de Tradex, illustrent concrètement les conséquences d'une chaîne d'approvisionnement encore largement tributaire des importations. Un distributeur dont les stocks dépendent principalement de cargaisons importées reste en effet exposé à des ruptures ponctuelles, susceptibles d'affecter sa part de marché de manière plus marquée qu'un distributeur bénéficiant d'un accès plus stable à une production locale diversifiée.
Par ailleurs, le montant de 56,1 milliards de francs CFA consacré en 2025 à l'importation de 150 420 tonnes de butane liquéfié représente une sortie de devises significative pour l'économie camerounaise, un montant qui pourrait potentiellement diminuer si la part de la production nationale venait à augmenter dans les années à venir. Cette dimension budgétaire s'ajoute ainsi à la seule question de la sécurité d'approvisionnement, renforçant l'intérêt économique d'un développement accéléré des capacités de production locales de GPL, au-delà du seul site de Bipaga actuellement en activité.
Dans cette perspective, l'écart entre les 30 000 tonnes annuelles produites par le site de Bipaga et les 60 000 tonnes recherchées par le seul appel d'offres en cours constitue un indicateur clair du chemin restant à parcourir. Combler cet écart supposerait vraisemblablement soit un doublement de la capacité de production du site existant, soit le développement de nouvelles unités de production, deux options qui nécessiteraient des investissements conséquents et un délai de mise en œuvre qui ne permettrait probablement pas de répondre aux besoins immédiats du second semestre 2026, ce qui explique le recours à l'importation comme solution de court terme malgré l'objectif affiché de réduction de la dépendance extérieure.
À défaut d'un tel effort de production supplémentaire, l'écart entre l'offre locale et la demande nationale de gaz domestique risquerait de se maintenir, voire de se creuser davantage, à mesure que la consommation des ménages camerounais continuera de croître dans les années à venir, reproduisant ainsi année après année la même nécessité de recourir à des appels d'offres internationaux pour sécuriser l'approvisionnement du marché local.
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