Pour la première fois au Cameroun en 2025, les banques ont créé plus de richesse que les hydrocarbures, alors qu'un an plus tôt, le secteur pétrolier était encore largement devant. Concrètement, en 2025, les banques ont généré 786,4 milliards de francs CFA de richesse, contre 782,1 milliards pour les hydrocarbures, soit un écart certes réduit, mais qui constitue néanmoins une première dans l'histoire économique récente du pays.
Pour mesurer l'ampleur de ce basculement, il suffit de comparer ces chiffres à ceux de 2024. Cette année-là, les hydrocarbures généraient encore plus de 1 000 milliards de francs CFA, contre 719,3 milliards pour les banques et organismes financiers, soit un écart largement favorable au secteur pétrolier. Le renversement observé en 2025 traduit donc une évolution rapide, intervenue en l'espace d'une seule année, plutôt qu'une tendance progressive étalée sur plusieurs exercices.
Cette évolution s'explique d'abord par le recul du secteur pétrolier lui-même. En 2025, l'activité pétrolière a en effet reculé de 6,6 %, tandis que les activités non pétrolières ont continué de progresser sur la même période. Ce recul du pétrole ne doit cependant pas être interprété isolément, puisqu'il s'accompagne simultanément d'une dynamique de croissance observée dans d'autres secteurs de l'économie camerounaise, au premier rang desquels figure le secteur tertiaire.
En effet, le secteur tertiaire, qui regroupe notamment les banques, le commerce, les transports et les télécommunications, a augmenté de 4,3 % en 2025, et les banques profitent directement de cette dynamique d'ensemble. Ces dernières financent les entreprises, accordent des crédits aux ménages et facilitent les paiements ainsi que les échanges économiques, autant d'activités qui bénéficient mécaniquement de la croissance plus large du secteur tertiaire dans lequel elles s'inscrivent.
Il convient toutefois de nuancer la portée de ce basculement statistique, dans la mesure où les banques ne remplacent pas le pétrole dans l'économie camerounaise au sens large. Les hydrocarbures demeurent en effet importants pour les exportations, les recettes publiques et l'approvisionnement énergétique du pays, trois dimensions structurelles que la seule création de richesse par le secteur bancaire ne permet pas de reproduire de manière équivalente.
Ce que ces chiffres montrent surtout, c'est que l'économie camerounaise devient progressivement moins dépendante des activités pétrolières, tandis que des secteurs comme les banques, les télécommunications et le commerce prennent une place de plus en plus importante dans la composition de la richesse nationale. Cette diversification progressive constitue en soi une évolution notable pour une économie historiquement marquée par le poids des hydrocarbures dans ses grands équilibres macroéconomiques.
Cette évolution n'est d'ailleurs pas nouvelle, puisqu'en 2024 déjà, l'Institut National de la Statistique présentait le secteur tertiaire comme le principal moteur de la croissance camerounaise, avec une progression de 4,2 %, notamment grâce aux services financiers.
Le dépassement enregistré en 2025 par les banques sur les hydrocarbures s'inscrit donc dans le prolongement direct de cette dynamique déjà identifiée l'année précédente, plutôt que de constituer une rupture soudaine et imprévisible dans la trajectoire économique du pays. En effet, la progression de 4,2 % du secteur tertiaire en 2024, suivie de celle de 4,3 % en 2025, dessine une continuité dans la contribution de ce secteur à la croissance nationale, tandis que le recul de 6,6 % de l'activité pétrolière en 2025 vient accentuer un écart déjà en train de se resserrer entre les deux secteurs au cours des exercices précédents.
Cette lecture combinée invite ainsi à considérer le basculement de 2025 non pas comme un événement isolé, mais comme l'aboutissement statistique d'une tendance de fond amorcée depuis plusieurs années, où la croissance du secteur tertiaire progresse à un rythme relativement stable, tandis que l'activité pétrolière connaît des variations plus marquées, tantôt à la hausse, tantôt à la baisse, selon les conditions du marché international et l'état des gisements exploités par le pays.
Pour les années à venir, la question centrale sera de savoir si cet écart entre banques et hydrocarbures, actuellement réduit à quelques milliards de francs CFA, continuera de se creuser en faveur du secteur bancaire, ou si un rebond de l'activité pétrolière, par exemple à la faveur de nouvelles découvertes ou d'une remontée des cours mondiaux, pourrait inverser à nouveau la tendance observée en 2025. Quoi qu'il en soit, cette évolution confirme d'ores et déjà que la structure de l'économie camerounaise ne peut plus être appréhendée uniquement à travers le prisme des hydrocarbures, le secteur tertiaire, et en particulier les activités bancaires, occupant désormais une place déterminante dans la création de richesse nationale.
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