Selon le rapport 2025 du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), 69 % des naissances au Cameroun sont assistées par un personnel qualifié — médecin, sage-femme ou infirmier. Ce taux, qui peut paraître satisfaisant à première vue, signifie en réalité qu'une naissance sur trois, soit 31 % des accouchements, se déroule sans la présence d'un professionnel de santé qualifié, reposant souvent sur une accoucheuse traditionnelle ou un proche. Le pays enregistre par ailleurs 258 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes, un ratio près de quatre fois supérieur à l'objectif fixé par les Nations Unies pour 2030, qui vise moins de 70 décès pour 100 000 naissances. Malgré des progrès réels enregistrés ces dernières années, l'écart avec la cible internationale demeure considérable, en particulier dans les zones rurales et les régions en situation de crise.
À cet égard, nous avons d’abord l’enjeu des ressources humaines, car le Cameroun ne compte qu'environ une sage-femme pour 6 000 femmes en âge de procréer, un ratio très insuffisant au regard des standards recommandés pour une couverture obstétricale adéquate. Ensuite, il y a l’enjeu d'accessibilité géographique, parce que dans les zones rurales et enclavées, l'accès à un centre de santé peut exiger plusieurs heures de déplacement sur des routes impraticables, retardant ou empêchant une prise en charge qualifiée. L’enjeu est également logistique et culturel, dans la mesure où les ruptures fréquentes de médicaments essentiels dans les formations sanitaires s'ajoutent à des habitudes culturelles qui normalisent l'accouchement à domicile pour de nombreuses familles. Enfin, l’enjeu de planification familiale, car seules 15,4 % des femmes utilisent un moyen moderne de contraception, tandis que 23 % des besoins en planification familiale restent insatisfaits, exposant davantage de femmes à des grossesses non prévues dans des conditions précaires.
De cette manière, les données de l'UNFPA dessinent une géographie sanitaire à deux vitesses. En zone urbaine, l'accès à un personnel qualifié reste globalement possible, tandis que les régions de l'Adamaoua, du Nord, de l'Extrême-Nord et de l'Est cumulent simultanément les taux les plus bas de naissances assistées et les taux les plus élevés de mortalité maternelle. Cette superposition territoriale indique que le déficit d'offre de soins qualifiés constitue un facteur déterminant, et non secondaire, de la surmortalité maternelle observée dans ces zones.
De plus, le déficit en sage-femmes — une pour 6 000 femmes en âge de procréer — ne peut se résorber par des mesures ponctuelles. En effet, il traduit un sous-investissement structurel dans la formation et le déploiement du personnel de santé, aggravé par l'éloignement géographique des structures de soins dans les zones les plus vulnérables. La combinaison de ces deux facteurs, offre insuffisante et accès physique limité, explique en grande partie pourquoi près d'un tiers des naissances échappent encore à toute supervision médicale qualifiée.
En outre, le volet contraceptif renforce ce diagnostic. Avec seulement 15,4 % de femmes utilisant une méthode moderne et 23 % de besoins non satisfaits en planification familiale, une part significative des grossesses n'est pas anticipée, ce qui réduit d'autant les chances qu'un accouchement soit préparé et orienté vers une structure adaptée. La mortalité maternelle apparaît ainsi comme l'aboutissement d'une chaîne de vulnérabilités successives, de la prévention des grossesses jusqu'à la prise en charge de l'accouchement.
Subséquemment, le maintien du ratio de 258 décès pour 100 000 naissances à un niveau proche de quatre fois l'objectif onusien pour 2030 signale que les progrès enregistrés jusqu'ici, bien que réels, n'ont pas encore modifié structurellement les déterminants de fond identifiés par l'UNFPA, à savoir les effectifs soignants, l’accessibilité géographique, la continuité des intrants médicaux et la couverture contraceptive.
En définitive, comme perspectives, il est urgent de :
- Prioriser le déploiement de sages-femmes et de personnel qualifié dans l'Adamaoua, le Nord, l'Extrême-Nord et l'Est, régions où se concentrent simultanément les plus faibles taux de naissances assistées et les plus forts taux de mortalité maternelle.
- Sécuriser l'approvisionnement continu en médicaments essentiels dans les formations sanitaires rurales, afin de réduire les ruptures de stock identifiées comme facteur aggravant.
- Renforcer l'offre de planification familiale moderne pour réduire la part des besoins non satisfaits, actuellement estimée à 23 %, et limiter les grossesses non anticipées dans des conditions précaires.
- Suivre l'évolution du ratio de mortalité maternelle au regard de l'objectif des Nations Unies pour 2030, en intégrant une lecture différenciée par région pour mesurer la réduction effective des inégalités territoriales d'accès aux soins.
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