Cameroun, le rendement des subventions aux entreprises publiques en question
Domains: Sécurité économique
Regions: Afrique centrale
Nations: Cameroun

Entre 2020 et 2025, l'État camerounais a injecté près de 749 milliards de FCFA, soit environ 1,3 milliard de dollars, dans ses entreprises publiques. Selon la Chambre des comptes, sur les 49 entreprises recensées, seules 9 ont versé des dividendes à l'État en 2024, révélant un déséquilibre marqué entre le volume des subventions accordées et le retour financier effectivement perçu par la puissance publique.

La Société Nationale de Raffinage (SONARA) domine largement ce classement, avec 479 milliards de FCFA de subventions cumulées sur cinq ans, soit plus de 60 % du total distribué à l'ensemble des entreprises publiques. Cette situation trouve son origine dans l'incendie de 2019, qui a détruit quatre de ses treize unités de production à Limbé. Depuis, la raffinerie est à l'arrêt, le Cameroun important désormais l'intégralité de ses carburants, tandis que la dette de la SONARA vis-à-vis des banques locales dépasse 700 milliards de FCFA.

A cet effet, cette situation soulève l’enjeu de concentration budgétaire, car derrière la SONARA figurent le Port autonome de Douala (90,8 milliards de FCFA), la SIC, Société Immobilière du Cameroun (35 milliards de FCFA), Camair-Co (27 milliards de FCFA), la CRTV (12,8 milliards de FCFA) et la SEMRY (10,9 milliards de FCFA), dessinant une répartition très inégale des subventions publiques entre un petit nombre d'entreprises. À cela s’ajoute la question de la dépendance structurelle. En effet, la Chambre des comptes relève que certaines entreprises publiques sont devenues dépendantes de ces subventions au point de ne pouvoir survivre sans elles, les plaçant dans une situation de perfusion financière permanente financée par le contribuable.

À cet égard, la question du rendement mérite d’être posée. Sur chaque 100 FCFA investi par l'État dans ses entreprises publiques, seuls 2,92 FCFA reviennent sous forme de dividendes, un ratio qui interroge la rentabilité globale du portefeuille public. Ce problème de rendement est concomitant à celui de la traçabilité. En réalité, la Chambre des comptes n'a pu retracer que 3 % de l'ensemble des subventions accordées en 2024, laissant 97 % des flux financiers difficilement vérifiables.

En vérité, le soutien de l'État à ses entreprises publiques n'est pas, en lui-même, contestable dans son principe. De nombreux pays financent des entreprises stratégiques assurant des services essentiels, préservant des emplois ou contribuant à la souveraineté économique nationale. Le Port autonome de Douala, qui traite près de 90 % du commerce extérieur camerounais, ou la SONATREL, qui gère le réseau électrique national, illustrent ce type de mission d'intérêt général justifiant un accompagnement financier public.

Le cas de la SONARA illustre cependant une problématique distincte, celle du maintien en survie d'un outil industriel devenu structurellement non opérationnel depuis 2019. L'injection continue de subventions, cumulées à 479 milliards de FCFA en cinq ans et à une dette bancaire dépassant 700 milliards de FCFA, s'apparente moins à un accompagnement stratégique qu'à une gestion de crise prolongée, sans qu'un horizon de remise en production ou de restructuration ne soit clairement établi.

Le ratio de rendement global de 2,92 FCFA de dividendes pour 100 FCFA investis confirme que la question centrale n'est pas celle du principe des subventions publiques, mais bien celle de leur efficacité économique. Un tel écart entre les montants engagés et les retours perçus signale soit une insuffisante sélectivité dans l'attribution des subventions, soit une gouvernance des entreprises bénéficiaires qui ne permet pas de transformer ce soutien en performance financière mesurable.

Le constat de la Chambre des comptes selon lequel seuls 3 % des subventions de 2024 ont pu être tracées ajoute une dimension supplémentaire à ce diagnostic : au-delà du rendement financier, c'est la capacité même de contrôle et de suivi des fonds publics engagés qui apparaît limitée, ce qui complique toute évaluation rigoureuse de l'utilisation effective de ces ressources par les entreprises concernées.

Pour ces raisons, il convient de :

Distinguer, dans l'analyse du portefeuille public, les entreprises assurant une mission de service essentiel ou de souveraineté économique de celles dont la subvention vise principalement à compenser une absence durable d'activité productive.

Établir un horizon clair de restructuration ou de reconversion industrielle pour la SONARA, dont le poids représente à lui seul plus de 60 % des subventions cumulées sur cinq ans.

Renforcer les mécanismes de traçabilité des subventions publiques, afin de réduire la part actuellement non vérifiable, estimée à 97 % des montants accordés en 2024.

Conditionner le renouvellement des subventions à des objectifs de performance mesurables, afin d'améliorer le ratio global de rendement du portefeuille des entreprises publiques camerounaises.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués par *

Partager :