Les villes camerounaises pourraient bientôt évoluer grâce au numérique, c'est l'objectif du Plan national pour les villes intelligentes, porté par le Ministère de l'Habitat et du Développement Urbain avec l'appui d'ONU-Habitat. Il convient toutefois de préciser d'emblée ce que recouvre concrètement cette notion, car une ville intelligente n'est pas nécessairement une ville remplie de robots ou de voitures autonomes. L'idée est surtout d'utiliser les technologies et les données disponibles pour mieux gérer les services urbains et répondre plus efficacement aux besoins des habitants.
Au Cameroun, plusieurs domaines sont déjà ciblés par cette approche. Concernant les transports, l'objectif est de mieux suivre la circulation et de mieux gérer les embouteillages grâce aux données et aux outils numériques, notamment à travers des systèmes capables d'anticiper certains bouchons ou d'améliorer la coordination des feux de circulation. L'idée n'est donc pas simplement de construire davantage de routes, mais bien de mieux utiliser les informations déjà disponibles pour gérer plus efficacement les infrastructures existantes.
Concernant les déchets et l'assainissement, le numérique pourrait permettre aux communes de mieux identifier les besoins spécifiques de chaque quartier, de mieux organiser la collecte et de mieux planifier leurs interventions sur le terrain. L'objectif est ainsi de rendre la gestion des déchets plus efficace, en s'appuyant davantage sur les données disponibles pour déterminer où intervenir, à quel moment et avec quels moyens. La sécurité fait également partie des secteurs concernés par cette transformation numérique, le recours à la vidéosurveillance, à la géolocalisation et à d'autres outils numériques pouvant permettre d'améliorer la surveillance et la gestion de certains espaces urbains.
Pour qu'une ville puisse réellement devenir intelligente, il faut cependant disposer avant tout de données fiables, ce qui constitue précisément l'un des chantiers déjà engagés par le Ministère de l'Habitat et du Développement Urbain. Depuis 2018, le ministère dispose en effet d'un système d'information géographique sur le milieu urbain, dont l'objectif est de disposer d'informations mieux harmonisées afin de savoir où se situent les problèmes, comment les villes évoluent, et où les investissements s'avèrent nécessaires en priorité.
Or, cette montée en puissance des données urbaines soulève inévitablement une question de fond, celle de savoir qui contrôle réellement l'ensemble de ces informations. En effet, plus les villes deviennent numériques, plus elles produisent des données, ce qui impose au ministère de veiller attentivement à la bonne gestion de ces informations, notamment en ce qui concerne leur partage entre les différents acteurs concernés et leur protection face à d'éventuels usages non autorisés.
Le Cameroun ne part cependant pas totalement de zéro dans cette démarche, puisqu'en 2024, le ministère avait déjà publié les résultats préliminaires d'une enquête destinée à évaluer le niveau de préparation des communes aux villes intelligentes. Cette enquête constitue ainsi une première base de diagnostic, permettant d'identifier les communes les mieux préparées à intégrer ces outils numériques, ainsi que celles nécessitant un accompagnement plus soutenu avant de pouvoir s'engager pleinement dans cette transformation.
Les villes camerounaises ne vont donc pas devenir entièrement connectées du jour au lendemain.
L'objectif est plutôt d'utiliser progressivement le numérique pour mieux gérer les transports, les déchets, la sécurité et l'ensemble des services urbains, une trajectoire qui suppose non seulement de déployer de nouveaux outils technologiques, mais également de construire, en parallèle, un cadre de gouvernance des données suffisamment solide pour garantir la fiabilité, le partage maîtrisé et la protection de l'ensemble des informations générées par ces villes de plus en plus numériques.
Cette approche progressive rejoint d'ailleurs la logique déjà à l'œuvre depuis 2018 avec le système d'information géographique sur le milieu urbain, dont la constitution progressive illustre bien que la transformation numérique des villes camerounaises s'inscrit dans une temporalité longue plutôt que dans une bascule brutale. De la même manière, l'enquête publiée en 2024 sur le niveau de préparation des communes ne constitue qu'une étape parmi d'autres, destinée à orienter les priorités d'action plutôt qu'à clôturer le diagnostic une fois pour toutes.
Cette gradualité assumée présente un avantage certain, celui de permettre des ajustements successifs à mesure que les premiers résultats des expérimentations menées dans les transports, la gestion des déchets ou la sécurité urbaine deviennent disponibles. Elle comporte cependant aussi un risque, celui de voir la question de la gouvernance des données rester en retrait par rapport au déploiement des outils technologiques eux-mêmes, si le cadre de partage et de protection des informations ne progresse pas au même rythme que la multiplication des capteurs, caméras et systèmes de collecte de données annoncés dans le cadre de ce plan.
Dès lors, la réussite du Plan national pour les villes intelligentes dépendra vraisemblablement de la capacité du Ministère de l'Habitat et du Développement Urbain à maintenir un équilibre entre le rythme de déploiement des technologies dans les secteurs déjà identifiés, transports, déchets et sécurité, et celui de la construction d'un cadre de gouvernance des données à la hauteur des enjeux soulevés par une numérisation croissante des services urbains, sans quoi l'accumulation d'informations produites par ces villes de plus en plus connectées pourrait devenir un enjeu de gestion aussi important que les infrastructures numériques elles-mêmes.
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