Selon le World Population Review, le Cameroun se classe au 16e rang mondial des pays comptant le plus grand nombre de personnes vivant avec le VIH, avec environ 510 000 personnes porteuses du virus. Ce classement reste largement dominé par les pays africains, l'Afrique du Sud occupant la première place avec près de 7,8 millions de personnes infectées.
Le rapport CAMPHIA (Cameroon Population-Based HIV Impact Assessment) 2024-2025, publié le 7 juillet 2026, fait état de 21 000 nouvelles infections enregistrées sur la période. Le rapport confirme également une exposition différenciée selon le sexe, avec une prévalence de 5 % chez les femmes contre 2,3 % chez les hommes, soit un écart de plus du double entre les deux populations.
À cet égard, plusieurs enjeux se dégagent :
Enjeu de financement : le retrait progressif du financement américain dédié à la lutte contre le VIH fragilise sérieusement l'architecture du système national de prise en charge, historiquement dépendant de ces appuis extérieurs.
Enjeu de dépistage : les activités de dépistage communautaire ont chuté de 20 %, réduisant d'autant la capacité du pays à identifier précocement les nouvelles infections et à orienter les personnes concernées vers un traitement.
Enjeu de continuité des traitements : environ 15 % des patients auraient interrompu leur traitement antirétroviral en 2025, un taux de rupture qui expose à un risque de rebond épidémiologique et de résistance thérapeutique.
Enjeu de genre : la prévalence nettement plus élevée chez les femmes (5 % contre 2,3 % chez les hommes) souligne une vulnérabilité différenciée qui appelle des réponses ciblées en matière de prévention et de prise en charge.
De cette manière, les données du rapport CAMPHIA 2024-2025 traduisent une situation à double lecture. D'un côté, le Cameroun conserve une dynamique de suivi épidémiologique robuste, capable de produire des données précises sur la prévalence, les nouvelles infections et les écarts entre populations. De l'autre, cette capacité d'observation ne suffit pas à elle seule à garantir la maîtrise de l'épidémie, dès lors que les moyens opérationnels de dépistage et de traitement se contractent.
Le retrait du financement américain constitue le facteur de fragilisation le plus structurant. La baisse de 20 % des activités de dépistage communautaire n'est pas un simple ajustement budgétaire. En effet, elle réduit directement le nombre de personnes séropositives identifiées à un stade précoce, ce qui retarde leur mise sous traitement et accroît le risque de transmission non détectée, en particulier au sein des populations les plus exposées.
L'interruption de traitement chez environ 15 % des patients en 2025 constitue un signal d'alerte distinct mais lié. Une rupture de traitement antirétroviral favorise la reprise de la charge virale et, à l'échelle populationnelle, peut annuler une partie des bénéfices acquis lors des années précédentes de couverture thérapeutique stable. Combinée à la baisse du dépistage, cette tendance dessine un risque de reflux des progrès enregistrés jusqu'ici, plutôt qu'une simple stagnation.
Par ailleurs, l'écart de prévalence entre les femmes (5 %) et les hommes (2,3 %) confirme une caractéristique déjà connue de l'épidémie au Cameroun, où les femmes demeurent une population disproportionnellement affectée. Dans un contexte de contraction des moyens de dépistage et de suivi, cet écart pourrait se creuser davantage si les dispositifs de prévention ciblés venaient eux aussi à pâtir du désengagement des bailleurs de fonds internationaux.
En termes de perspectives, il est proposé de :
Suivre l'évolution du taux d'interruption de traitement au-delà de 2025, afin de mesurer si la tendance observée s'aggrave avec la poursuite du retrait des financements internationaux.
Documenter les mécanismes de substitution budgétaire envisagés par l'État camerounais pour compenser le désengagement progressif du financement américain de la lutte contre le VIH.
Renforcer en priorité les dispositifs de dépistage communautaire, dont la baisse de 20 % constitue le facteur le plus directement mesurable de fragilisation du système.
Maintenir une vigilance particulière sur l'écart de prévalence entre les femmes et les hommes, afin d'évaluer si l'objectif national d'élimination du VIH d'ici 2030 reste atteignable au regard des tendances actuelles.
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